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Aznavour, le plus grand des crooners - Culture - Webzine

Culture : Aznavour, le plus grand des crooners
A 82 ans, le chanteur français d'origine arménienne sort son nouvel album, «Colore ma vie», enregistré à Cuba. Rencontre avant une prochaine tournée d'adieu.

Une limousine à plaques vertes, celles des corps diplomatiques, vient de déposer à la porte d'une brasserie parisienne un petit homme très respecté, cheveux blancs, allure droite. Charles Aznavour a 82 ans. Il arrive du Japon, va répéter à l'Opéra de Paris-Bastille. Il est en pleine tournée d'adieu, commencée triomphalement au Radio City Hall de New York (6000 places) à l'automne 2006. Pour un abonné aux «200, 250 galas par an», le fait mérite d'être précisé.

«Faites-vous vraiment vos adieux à la scène?
- Disons que je fais des adieux...»


Geste vague, yeux malins et un «des» bien appuyé, la marque de fabrique de Charles Aznavour, un surdoué de la ponctuation sur le mot qui compte: le célèbre «On ne m'a «jamais» accordé ma chance», dans Je m'voyais déjà. Chemise à carreaux, pull rouge, Charles Aznavour est ambassadeur itinérant de la République d'Arménie, d'où le chauffeur et les plaques vertes. Et ce soir-là, 17 février, il y a un gala pour l'Arménie à Garnier.

Les plaques de voiture, Charles aime. «Partout dans le monde, je joue avec les lettres, j'invente des mots.» Le menu aussi prête aux calembours. De la langue française, Charles Aznavour apprécie la concision, «une virgule déplacée, et vous inversez le sens d'une phrase»; les exemples drôles suivent en salve. Le français, c'est Victor Hugo, son mentor, et puis des mots simples aussi, dont il a fait 800 chansons, certaines, magnifiques, à partir du banal: Hier encore, Désormais, Et pourtant, Tu t'laisses aller, Si... Ce petit brun incompris, que la critique anglaise avait surnommé «Asnovoice» et la critique française «L'enroué vers l'or», a mis presque vingt ans à avoir du succès. Puis s'y est installé, se faisant aimer pour ses défauts précédents: la taille, la voix, le français swingué...

Il dit sereinement que, de toute sa vie, il n'a jamais croisé de psychanalyste. «J'ai trop vu le malheur pour me complaire dans la tristesse: la guerre, les privations, la pauvreté, pas la misère. Vous savez, les enfants d'immigrés sont des survivants.» Ainsi Charles Aznavour version deuxième millénaire est-il devenu l'ami des jeunes chanteurs français issus de l'immigration, et le patriarche d'une famille «où il y a des enfants et des petits-enfants juifs, musulmans, catholiques et grégoriens. D'ailleurs, j'ai épousé une femme de couleur, elle est très blanche.» Il s'agit de la Suédoise Ulla Thorsell, quarante ans de mariage.

En 1924, Mischa et Knar Aznavourian, de jeunes artistes fuyant les persécutions antiarméniennes, arrivent à Paris en provenance de Turquie, via la Grèce. Ils ont une fille, Aïda, née l'année précédente à Salonique. Apatrides, ils attendent un visa pour les Etats-Unis. Mais le 22 mai 1924, la naissance de Vaneragh, dit Charles, les fixe à Paris.

Il dit que tout ce qu'il a écrit ensuite a été conditionné par cela: il était étranger, ignoré par des gens qui passaient devant lui sans le voir. «Nous vivions dans une pièce de 25 m2. Si l'on oublie ses racines, on n'est rien. Mais je n'ai pas connu l'Arménie. Ma mère était une Arménienne de Turquie, mon père était un Géorgien d'origine arménienne. Et je suis un Français, avec des origines arméniennes.»

Longtemps, Aznavour va rester loin de l'histoire et du génocide des Arméniens. «Je suis Français avant tout, mais, à la maison, mes parents nous ont transmis l'Orient, l'Asie mineure, la poésie persane.»

En 1963, Charles Aznavour, en pleine gloire, va pour la première fois en Arménie, alors partie de l'URSS. Il est antisoviétique primaire: «Je ne suis pas de gauche, je suis gauche», précise l'intéressé. A ceux qui pensent alors que le fils prodigue est rentré au pays, il oppose: «Je suis Français.»

Son rapprochement avec l'Arménie s'affirme après le tremblement de terre de 1988 et se concrétise lors des massacres du Haut-Karabakh en 1992.

Charles Aznavour a élu domicile en Suisse, à Genève. «J'y suis parti il y a trente ans. J'étais ruiné, parce que nous, les stars, sommes dépensiers, j'ai mis dix ans à me refaire - bien, je le précise. Mais jamais je n'aurais changé de nationalité. C'eût été une offense au pays qui m'a accueilli.»

Pour lui, Johnny Hallyday a peut-être raison de fuir la fiscalité française, mais pour le reste... «Je sais calculer, mais je ne sais pas compter», ajoute Aznavour, qui précise encore une fois payer ses impôts en France pour ses activités. «Et je n'ai investi qu'en France», en rachetant par exemple, en 1995, les prestigieuses éditions musicales Raoul Breton (Edith Piaf, Charles Trenet, Serge Lama, etc., à qui se sont ajoutés Linda Lemay, Grand Corps Malade, etc.), et son propre catalogue de chansons, dont la moitié des parts appartenait au géant américain Warner/Chapell.

Au restaurant, des tables voisines, on lui lance des petits signes, des clins d'œil, des bouquets de complicité. Dans les coulisses de l'Opéra Bastille, idem. L'invité fétiche de Michel Drucker, le vieux sage qui savoure la Star Ac, l'amateur de La Bohème, de Puccini, a été, est et sera le plus grand des crooners français. «On se l'arrache en Amérique latine», dit Romero Diaz, producteur exécutif de son nouvel album, Colore ma vie, et qui organise une prochaine tournée d'adieu dans les pays du Cône sud. «J'ai été étonné, voilà longtemps qu'il n'y était pas allé, son aura est entière.»

Aznavour latino? Toujours accompagné de son agent, Levon Sayan - quarante ans de fidélité -, il s'est installé vingt jours à La Havane, fin 2006, pour y enregistrer Colore ma vie. «Il a eu une vision très tolérante de Cuba, très gauche», constate Romero Diaz, encore une fois étonné. Aznavour a la réputation d'être à droite.

Un jour, raconte le chanteur, en Ouzbékistan, un type lui montre un de ses albums qu'il possède chez lui. Les chansons sont bien là, mais le pirate s'est trompé de photo: sur la pochette, c'est Georges Guétary. «Pas grave, je ne suis dupe de rien. Autrefois, des douaniers étrangers me demandaient d'épeler mon nom, aujourd'hui, j'ai vieilli, ils me demandent si je suis parent avec le chanteur.»

Pour la carrière internationale, il a regardé du côté de Maurice Chevalier. Pour la scène, il a emprunté à Edith Piaf, qui aimait rire et qu'Aznavour a aimée «pour ce qu'elle était»: «J'ai quitté femme et enfant pour la suivre, elle fascinait. Elle m'a appris le respect du public, le sérieux du métier.»

Charles Trenet, son ami, a fait le reste, et l'essentiel: la maîtrise de l'écriture. «Je suis un auteur classique avec des idées pas classiques. Mais comme tous les autodidactes - je les appelle les ignares -, on doit toujours en savoir plus.»

Parcours:
1924 Naissance à Paris.

1960 Premier triomphe avec «Je m'voyais déjà», et «Tirez sur le pianiste», de Truffaut.

1963 Premier concert à New York, au Carnegie Hall.

1973 «Comme ils disent», chanson sur la différence homosexuelle.

1995 Rachat des éditions musicales Raoul Breton.

2007 «Colore ma vie», nouvel album Odéon/EMI.

Véronique Mortaigne,
Source:Le Monde

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Casafree.com le 23/2/2007 10:07:44
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Auteur Conversation
boubou
Posté le: 23/2/2007 12:43  Mis à jour: 23/2/2007 12:43
Aspirant
De: Alsace
Envois: 1915
 Re: Aznavour, le plus grand des crooners
la pochette de son dernier album



Tony montana f yamatou
vitAmine
Posté le: 23/2/2007 12:53  Mis à jour: 23/2/2007 12:53
Novice
De: taipei, Taiwan
Envois: 325
 Re: Aznavour, le plus grand des crooners
respects pour ce grand monsieur.
ces chansons resterons des classiques de la chanson francaise et feront rever des generations encore
youkatapa
Posté le: 23/2/2007 13:45  Mis à jour: 23/2/2007 13:45
Habitué
De: No Where
Envois: 3603
 Re: Aznavour, le plus grand des crooners
respects Mr Aznavour

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