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Actualité Maroc : Rivalité: Les relations bilatérales entre le Maroc et l’Algérie
Dans une récente étude sur les liens bilatéraux entre les deux pays, la chercheuse Khadija Mohsen-Finan, spécialiste du monde arabe à l’IFRI, revient sur les causes profondes de cette mésentente.

Pour elle, ce sont deux conceptions radicalement différentes de l’Etat, du territoire et du droit international qui s’affrontent. «L’Algérie a délimité son territoire sur le front de l’époque coloniale. La Nation algérienne s’est bâtie dans la lutte contre la colonisation et l’Etat est né en 1962 d’un référendum d’autodétermination. Au Maroc, le roi est le centre de gravité du système, on lui fait allégeance et on considère que la décolonisation n’est pas finie», explique-t-elle.

Résultat : ces deux conceptions se cristallisent sur le dossier du Sahara occidental. Alors que le Maroc estime que le Sahara lui permettrait d’avancer dans le parachèvement de son intégrité territoriale, l’Algérie juge que le royaume pourrait peut-être le récupérer mais après un référendum d’autodétermination. Et Khadija Mohsen-Finan de souligner : «Le Maroc et l’Algérie ne sont pas des “frères” mais des “voisins” qui n’ont en commun qu’une frontière.

Ce n’est pas parce qu’ils ont eu le même colonisateur qu’ils doivent se ressembler. L’erreur de l’Occident est là : vouloir les regrouper, par exemple économiquement, au sein d’un marché maghrébin uni. On voit bien que c’est impossible car chacun des deux pays s’ancre dans la mondialisation en développant des liens économiques et politiques avec l’Occident de son côté et non ensemble».

Avec un tel différend jamais traité, l’incompréhension réciproque a amplement eu le temps de nourrir les rancœurs. Le Maroc reproche toujours à l’Algérie ce fameux discours du président Boumediène accusant la monarchie marocaine de tourner le dos à la modernité. Il garde aussi en travers de la gorge l’attitude blessante d’Alger qui, après les attentats de Casablanca, ne manquait pas de souligner que le «paisible royaume chérifien» était lui aussi confronté au terrorisme.

En retour, les militaires algériens en veulent à Hassan d’avoir comparé leur pays à un «laboratoire» alors qu’il était en proie à la barbarie islamiste. Le président Bouteflika, lui, reproche au Maroc le fait qu’en août 1999 un commando islamiste ayant assassiné plusieurs familles algériennes ait très probablement franchi la frontière pour se mettre à l’abri. «Bouteflika a interprété cela comme une tentative délibérée du Maroc de le discréditer aux yeux de ceux, c’est-à-dire les généraux, qui l’ont fait président et lui ont confié la mission de pacifier le pays», se souvient ce fin connaisseur du système algérien à qui Bouteflika a confié en 1996 que «s’il était président un jour sa priorité serait de normaliser les relations avec le Maroc».

En dépit de ces rancœurs mutuelles, du temps de Hassan II, les deux pays parvenaient à entretenir un dialogue lointain et à coopérer sur les lignes rouges à ne pas dépasser de part et d’autre. De surcroît, l’Algérie a toujours considéré que la monarchie est l’une des clés de la stabilité du Maroc. A posteriori, nombreux sont les indices qui le montrent. Cette anecdote est, elle, révélatrice.

En 1991, le Front Polisario parvient à mettre la main sur une version arabe du livre de Gilles Perrault, Notre ami le roi, et la diffuse en épisodes sur la radio sahraouie qui émet depuis Tindouf mais se capte au Sahara occidental en dehors des agglomérations. Au bout de quelques épisodes, les Algériens ont demandé avec insistance au Polisario de mettre fin au feuilleton, glissant au passage qu’ils accédaient à une «requête exceptionnelle» du Palais royal. A en croire ce fin connaisseur de l’Algérie, il n’en serait plus ainsi depuis la disparition d’Hassan II. «Il n’y a plus de téléphone rouge entre les deux capitales», constate-t-il. «Les Algériens observent qu’ils n’ont plus d’interlocuteur stable ni fiable de l’autre côté.

Je pense qu’ils notent que le Makhzen est éclaté entre plusieurs clans qui, faute d’arbitrage, se neutralisent les uns les autres et hésitent sur quel cheval miser», conclut-il.

Source: Lejournal-hebdo.com

Casafree.com le 29/9/2006 20:17:24
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