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Santé : Rage : Chaque année, vingt morts «déclarés»
Depuis Agadir jusqu’à Bordeaux, le chien enragé exporté clandestinement en France en a fait bavé à tous les services sanitaires. On peut dire que l’affaire de rage (qui n’aurait jamais dû exister, si le Maroc avait été sérieux), a bien écorné l’image du Maroc.

· Un deuxième plan de lutte généralisé pour fin octobre

· Des vétérinaires dénoncent la «déliquescence des autorités locales»

· Tout se joue en zones rurale et enclavée


La rage animale et humaine sévissent depuis… toujours au Maroc. Pour les experts, «ce n’est vraiment pas une actualité», malgré les cas de rage enregistrés dans le pays. Et pourtant, elle devrait constamment l’être tant que le pays enregistre officiellement depuis plus de vingt ans une moyenne de vingt décès par an suite à la rage et que sa population des chiens grandit à une vitesse effarante (cf. infra, le comportement des meutes de chiens quand ils sont combattus). Toutefois, avant 1980, il y avait environ 50 cas enregistrés chaque année, selon le département de la Santé. Les chiens sont le principal vecteur de la rage, puisque 44% de la rage animale sont déclarés chez la population canine. Et dans neuf cas sur dix, la personne atteinte de rage a été mordue ou léchée par un chien enragé.

Mais avant cette affaire de Bordeaux, qui avait entendu parler de la rage au Maroc? Qui s’en est soucié à part ceux qui la vivent et la voient tous les jours? Personne. Pourtant, vous aussi vous êtes exposés.
Certes, cela ne dédouane sûrement pas les meneurs de la lutte contre la rage. Les résultats sont là, accablants. Depuis vingt ans, la situation n’a pas évolué, ou plutôt si, au gré du virus mortel qui circule presque librement de chiens à hommes. Mais, comme le relève le ministère de la Santé, l’augmentation des cas de rage humaine peut aussi vouloir dire l’augmentation des déclarations de cas, pas forcément l’augmentation des cas. De plus, vétérinaires et médecins, du public comme du privé, qui ont obligation de déclarer les cas de rage, ne le font pas toujours. Donc, entre les cas qui ne viennent peut-être jamais devant un médecin, et les cas qui sont connus mais pas enregistrés, personne ne peut dire combien de personnes décèdent de la rage au Maroc.

La navigation est, pour ainsi dire, toujours à vue puisque les chiffres ne reflètent aujourd’hui qu’une petite partie de la réalité.
Le premier plan national de lutte contre la rage a été un échec. Déployé en 1986 et étalé sur 10 ans, il prévoyait des mesures de prophylaxie sanitaire et médicale, l’abattage des chiens errants et la vaccination des chiens à propriétaires, accompagnées de mesures de sensibilisation et de formation. «Mais ce plan n’a pas abouti», explique Dr Benazzou, chef de la division Santé animale du ministère de l’Agriculture. Ses actions se sont diluées vers 1995. Une évaluation en a été faite en 2001.

Que s’est-il passé entre-temps (6 ans)? Nul ne le sait. Certains disent que quelques actions ponctuelles et «symboliques» avaient été menées mais c’est tout. D’autres expliquent, comme ce vétérinaire en zone rurale qui requiert l’anonymat, que c’est dans les localités rurales qu’il «faut venir voir à quel point le manque de moyens» humains et financiers, ainsi que la «déliquescence des autorités locales» peuvent être cruels. Un autre se rappelle «d’un village enclavé dans la région de Taza, qui s’inquiétait de la mort de plusieurs personnes. Ils avaient soupçonné des cas de rage. Le caïd en avait averti le vétérinaire de la délégation de l’Agriculture concernée. Celui-ci aurait répondu qu’il n’avait pas les moyens de mettre de l’essence dans sa voiture pour venir voir par lui-même ce qu’il s’y passait». Morbide, n’est-ce pas? Il ajoute que dans sa région , «rien ne se fait» en matière de lutte contre la rage. «Pourtant, les mesures paraissent évidentes.

Les chiens errants venus de plusieurs localités sont des habitués de nos souks hebdomadaires». Mais il faut croire que c’est ainsi que vont les choses dans ce pays. Si l’alerte est nationale ou locale, elle ne vaut pas grand-chose. Par contre, si elle est internationale… gare à nous! Ainsi, l’on se rappellera un article de L’Economiste de l’année dernière qui avait dénoncé l’existence de la rage à Casablanca, la prolifération des chiens errants et des cadavres de chiens balancés dans les décharges publiques. Jusqu’à cette année, les chiens déambulent avec les citadins sans aucun souci. Pas de ramassage, pas de campagne.

«L’évaluation du plan de 1986 avait montré que l’abattage des chiens errants et semi-errants faisait peur aux propriétaires qui n’osaient pas amener leur chien se faire vacciner», poursuivent les experts de la santé animale. De plus, l’abattage massif augmentait le taux de renouvellement de la population canine puisqu’il favorisait les migrations de chiens vers d’autres régions. Le nombre de centres antirabiques était insuffisant pour couvrir tout le territoire national (il reste toujours insuffisant, il y en aurait près de 150 aujourd’hui) et puis, bien sûr, classique source d’échecs en tout genre: il y avait un déficit de coordination interdépartementale (entre l’Intérieur, la Santé et l’Agriculture).

Sur cette base, les trois départements, dont la coordination revisitée a nécessité une nouvelle circulaire interministérielle en 2003 pour bien redéfinir les prérogatives, ont décidé de reprendre la même démarche du premier plan, cette fois, en capitalisant sur les «erreurs du passé», celles que seule la population paie toujours. Ainsi, un nouveau plan étalé sur 10 ans est mis sur pied, et aurait déjà fait ses preuves dans 9 zones-pilotes. Il ambitionne la vaccination de 70% des chiens. Vers la fin octobre de cette année, nous devrions assister, selon Dr Kacem Benkaddour, chef du service des Maladies épidémiques au ministère de la Santé, à une énorme campagne de sensibilisation pour le démarrage du plan.

Espérons-le…car jusqu’à présent, il y a de quoi enrager!

Casafree.com le 12/10/2004 22:10:38
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