Internet : Google, le monopole de tous les dangers
Même Bill Gates n'avait pas osé...
Google, le monopole de tous les dangers
Coté face, Google se presente comme une entreprise "cool"proposant des services gratuits,favorisant lacirculation desinformations et des idées. Coté pile,google est un quasi-monopole qui s'apprete à supplanter Microsoft et TF1 dans la conquete du "temps de cerveau disponible". Enquete
Par Pierre Vandeginste
On croyait, avec Microsoft, avoir atteint le sommet du monopole liberal.
Google est peut etre en train d'acquerir une position encore plus expugnable et, surtout,plus inquietante. Google risque en effet de devenir l'annuaire universel, canal unique de l'acces a l'information, aux images et à tous les echanges entre citoyens, du mail au Blog.
Supreme angoisse, ce moteur de recherche au logo multicolore pourrait meme devenir l'arbitre des elegances, voire "le" dictionnaire unioversel, maitre du sens sur le Net et ailleurs.
Pour conquerir cette hégémonie, "Big Google" poourrait remplacer nos logiciels et ramener le
PC au role d'ecran d'acces au Web. Dur pour Microsoft, certs. Mais menacant surtout pour
chacun d'entre nous. D'autant que le cours de bourse de Google - qui a quintuplé en moins de
deux ans - remonte en fleche apres une alerte en debut d'année. Et que le dernier chiffre
d'affaire trimestriel affiche une augmentation de 92%...
Sur quoi repose l'hypotese orwellien qui se dessine petit a petit dans l'imaginaire collectif de la planete High-Tech? Un empilement de faits, de supputations et de deductions.
Enumerons:
1/ Google a su installer durabelement dans le role de la nouvelle cle de voute du paysage informatique, le moteur de recherche. Autour de ce point de passage obligé, Google a su rassembler une palette de d'autres services capables de retenir l'internaute:info sur mesure, mail sans limite, recherche d'imagesn distribution de vidéo
2/ Google a trouvé un model economique efficace, reposant sur une forme de financement publicitaire dont il est devenu le champion: le "lien sponsorisé", publicité discrete mais tres remuneratrice, parce que selectionnee automatiquementen fonction d'un interet exprimé par la cible a travers ses mots-clés.
3/ Google a su comme personne generaliser la fonction de recherche: apres les news, les images et les blogs, c'est desormais dans les livres que l'on peut "googler" (le verbe to google sonne mieux en anglais).
4/ S'appuyant sur la part du lion qu'il a deja capturée dans la publicité sur le Net, Google
part a l'assaut d'autres médias: presse papier et radio. Parions (Moi aussi je parie avec Marianne tiens!!) que la Pub télé est pour bientot.
C'est la nouvelle la plus fracassante de ces dernieres semaines: Google vient de racheter
Writely, une "jeune pousse" qui propose tout simplement un traitement de texte en ligne. En
d'autres termes, Google pourra dire a ses aficionados: Google n'est pas simplement utile pour rechercher une information sur le Net, il permet maintenant de rediger des textes, de les
stocker, de les rendre publics, de les ellaborer et de les corriger a plusieurs,a partir de n'importe quel ordinateur... Tout cela sans acheter de traitement de texte (valeur: a partir
de 250€ .. [1 € a Derb Ghallef]) et, partant, sans avoir a le mettre a jour chaque fois que la version precedente est devenue obsolete.
Gratuit donc? Ce serait oublier que la gratuité n'est pas de ce monde marchand. Si l'on ne paye pas de maniere visible, c'est que l'on paye en douce. Dans le cas de Google, jusqu'a preuve du contraire, le modele economique repose sur une publicité, discrete mais triomphante.
On imagine que, tout comme sur le moteur de recherche, des "liens sponsorisés" risquent d'apparaitre dans un coin, a coté du texte que l'on redige. Comme d'habitude, puisque c'est l'une des clés du succés de Google, cette pub douce sera ciblee, selectionnee en fonction meme des textes saisis. C'est le principe deja appliqué par Gmail, le service de courrier electronique haut de gamme teste depuis quelques mois. Google lisait deja notre courrier, lira t il desormais tout ce que nous ecrivons?
Mais on peut imaginer quer Google exploitera d'autant plus globalement cette nouvlle matiere
que l'utilisateur la lui fournira de son plein gré. En analysant a fond les textes stockés,
Google cernera plus finement, sinon la personnalité de chaque client, du moins ses centres d'interet, ses gouts, bref, tout ce dont raffolent les annonceurs. On verifiera une fois de
plus qu'Internet est bel et bien le paradis des fils de pub: dans quelle autre sphere peut-on viser chaque cible individuelle en fonction d'un profil construit jour apres jour?
Bien plus fort que les pubs destinées aux amateurs de sports ou d'aeroports: le Tour de France seulement pour les accros du vélo, ou les Maldives reservées aux seuls fanas du tuba.
Quelques jours avant l'annonce du rahat de Writely et de son logiciel, une curieuse fuite,
si etrange qu'elle semblait avoir été savamment organisée, nous apprenait que Google aurait
sous le coude un projet dénommé Gdrive. Google s'appreterait a nous proposer un disque dur... sur le web? (eh oui..siffla spacejoe).
La fonction existe déja, elle est memeintegrée par Apple dans le Macintosh et proposée par les bons distributeurs comme la Fnac: signez un abonnement et vous pourrez stocker via le Net tant de megaoctets sur nos ordinateurs.
Formidable pour constituer une sauvegarde delocalisée, resistant aux pires scenarios
catastrophe: cambriolage, incendie, tempete, inondation, tremblement de terre...
Nos precieuses photos de famille et nos textes inspirés y sont plus en securité que sur un
support de sauvegarde rangé a deux pas du PC.
Un jour, donc, il se pourrait que Google propose de se reposer entierement sur son offre pour obtenir, par le web, presque tout ce qu'on faisait auparavant sur son PC.
En particulier, creer et stocker des textes, des tableaux, des fichiers, des dessins, des photos, des videos... avec, a chaque fois, des ossibilités supplementaires liees a la nature meme du Web.
Primo, tout est immediatement "publiable"; inutile, donc, d'envoyer des photos du petit dernier à vos proches, il suffit qu'il accedent a l'album familial.
Cette possibilité fait deja l'objet de multiples propositions (notamment chez Yahoo),mais google pourrait l'etendre aux textes, tableaux, videos, bref, à toutes les formes d'information.
Secundo, tout ce qu'on laisse chez Google reste accessible à partir de n'imorte quel ordinateur connecté et, bientot, de n'importe quel telephone mobile. En outre, il est possible de travailler a plusieurs sur un document ainsi herbegé.
Tertio,plus de logiciel à acheter, et donc à mettre à jour.
Bien entendu, il y'a un prix a payer. Il faut accepter d'exposer tout son egonumérique à Big
Google, le nouveau maitre de la publicité. Avec, à la clé, cette terrible double dependance à l'endroit de google et d'Internet.
L'utilisateur decouvrira alors le dernier concept en vogue: le "webtop". Apres le "Desktop" (en substance, "sur le bureau"), le "laptop" ("sur les genoux") et le "palmtop ("sur la main") que Microsoft avait réussi a accaparer avec Windows, le "webtop" serait la "plateforme" du futur dont google serait le mieux placé pour prendre le controle.
Pourquoi? Tout simplement parce qu'il est solidement implanté sur un point clé du Web, en se
donnant le role de "flecheur", d'orienter, bref, de moteur de recherche dominant. Un lieu tout aussi strategique que la position sur laquelle s'etait installée hier Microsoff, avec les consequences que l'on sait.
Un taux de profit de 24%
Google a en effet bâti sa forteresse sur une equation economique miraculeuse: alors que
Microsoft doit vendre ses logicielspour realiser ses fabuleux profits, Google se contente d'offir un bouquet de service entierement financé par la pub. Google devient une sorte de TF1, visant un public potentiel d'un milliard d'internautes et qui ne demande qu'a s'elargir.
N'en doutons pas, la gratuité si appreciee des internautes est un leurre.
Sinon, pourquoi Google connaitrait il une croissance aussi fulgurante. Comment la société pourrait elle afficher un taux de profit de 24% en "offrant" des services gratuits? En realité, Google empoche aujourd'hui 1% des recettes mondiales de la pub.
Et le web a toutes les raisons du monde de voir sa part du gateau publicitaire augmenter dans les annees a venir, a commencer par celle-ci,si prometteuse: l'Americain moyen passerait deja, selon certaines études, 30% du temps qu'il consacre a la consultation des medias... sur le Web.
En partant de son metier originel, Google attaque tous azimuths les sources potentiels de profits publicitaires reposant sur le Net. Ainsi, le projet Google Earth: un systeme d'exploitation de la planete terre tout en images satellitaires, avec reconstruction en 3D et cartographhies a la demande. Le tout, evidemment, parsemé de pubs "locales" (hotels, restaurants, boutiques...). "Un potentiel enorme", estime Olivier Andrieu, animateur du site abondance.com. D'ailleurs, Google travaille deja avec Wolksvagen sur une version embarquée de cette technologie, qui lui permet de nous guider jusqu'a la porte de ses annonceurs.
Il y'a aussi Google Print, récemment rebaptisé Google Book Search, un projet visant à offrir la recherche et l'accés a quantité de livres, qui a provoqué des reactions indignées en Europe et, en particulier, en France. L'ambition affichée etait sans limites, Google aurait bien avalé tout les livres du monde, sans rien demander a personne.
Mais face a d'innombrables obstacles legaux et commerciaux, il se contente d'offire dans un premier temps, l'acces a des ouvrages anciens, issus de quelques grandes bibliotheques
anglo-saxonnes. De ce coté-ci de l'Atlantique, on dénonce - à juste titre - le risque d'hégémonie anglo-saxonne.
Mais la bonne question est sans doute: que fait-on en face? D'ou l'impulsion notamment de JEan-Noel Jeaneney, le président de la Bibliothéque Nationale de France, la creation de European Digital Library. Celle-ci prévoit l'acces a deux millions d'ouvrages en 2008 et a six millions en 2010, en s'appuyant sur les bibliotheques numériques nationales comme Gallica, partie emergée de l'iceberg BNF,qui propose deja 70 000 livres et 80 000images.
Reste que tout cela n'offre qu'une pâle
concurrence à GoogleBook Search.
Le risque est tout aussi palpable avec googleVideo, qui propose des programmes gratuits et payants et prefigure une veritable "television a la carte". Il se pourrait bien, en effet, que le Net devienne le premier vehicule de la télé du futur. Le Web deviendrait alors le nombril de la publicité. En rachetant, en janvier dernier, la société Dmark, Google s'est donc doté d'une régie publicitaire radio.
Bref, tout en devenant moteur de recherche tous médias et un stockeur-distributeur de contenus en tout genre, Google vise le statut de régie publicitaire universelle. Pas de la réclame à l'ancienne. Non, de la pub subtile, telle que le permet la haute technologie d'aujourdh'ui.
Une publicité light, adaptée aux centres d'interet de chaque individu.
Les "liens sponsorisés" de Google sont aujourd'hui nettement séparés des réponses de son moteur de recheche. Mais qui nous garantit que la publicité ne va pas se rapprocher de l'information que Google est supposé traiter avec neutralité, voire se melanger avec elle? Surtout si Big Google réussissait à se debarasser de ses concurrents...
Créer un nouveau monopole privé: tel est bien l'objectif des fondateurs de Google.
En janvier 2006, Google était largement dominant aux Etats-unis, avec 48% desparts de marché contre 22% pour Yahoo et 11% pour MSN (Microsoft).
Ainsi serions-nous enfin "liberés" du Windows de
Bill Gates, mais tout aussi prisonnier d'une dictature numérique. Le tout, bien sur, au nom de la modernité.
Si Google ne traite que 48% des recherches sur le
Web americain, la proportion grimpe à plus de 80% en Europe. On constate d'ailleurs dans la
population des internautes une formidable tentation à s'en remettre sytématiqueme [comme
moi], par confort ou par facilité [les 2], à cette seule et unique boussole.
Algorithmes sous influences
Plus grave: les journalistes eux-memes, en principe soucieux de "recouper" l'information,
ont tendance à commencer toute enquete en soumettant quelques mots-clés à Google.
Or, en prenant cette fachause habitude, on accepte, sans y prendre garde, d'accordre à Google, la position de celui qui dit, et qui dicte, non seulement ce qui est interessant, pertinent ou important, mais tout simplement ce que les mots signifient.On prend aussi l'enorme risque de limiter considerablement le périmetre de l'information.
Google News prétend étudier 14 000 articles de presse par jour. Mais on oublie que qu'il
réussit ceprodige en ne traitant que 24 sujets.
Le monde de Google est celui de la duplication permanente. Et ce n'est pas tout.
En chine, quand on recherche "tian'anmen", Google propose des cartes postales fournies par le
gouvernement! Parce que Google a choisi de ne pas se facher pour si peu avec un dictateur.
Dans le reste du monde, Google répond au meme mot clé avec des liens et des images relatives à la celebre revolte de 1989. Parce que , pour le reste du monde, "tian'anmen"" renvoie a révolte, répression féroce, chars d'assaut...
Officiellement, c'est un logiciel qui décide de ce que veut dire "tian'anmen", ou "caricature" ou "terreur". Un logiciel, pense t-on, est neutre.
Officiellement, l'algorithme PageRank, qui determine l'ordre des réponses, et dont Google
est si fier, évalue l'importance de chaque page web en considérant tout les liens qui y mènent comme des votes. LEs pages les plus referencées sont considerées comme les plus pertinentes.
C'est donc une sorte de top 10 permanent qui est proposé. Or une page formidablement instructive, mais mal "noté" au départ, aura bien du mal à remonter la pente, puisque ceux qui risqueraient de la référencer ne la trouvent pas.
Pire: Google se fait le porte voix de tous les consensus, mous ou téléguidés. Il organise -
et automatise - un panurgisme global!
MAis Google est-il "seulement" suiviste? La vérité est , hélas, plus inquietante [héhéhé]: la
recette du fameux PageRank est aussi secrete que celle du Coca-Cola; elle évolue d'ailleurs sans cesse, notamment pour lutter contre les tentatives d'influence.
Quelque soit l'integrité des dirigeants actuels de la société, il ne tient désormais qu'a Google d'inflechir cette "neutralité" algorithmique (c'est quand meme plus facile de l'interieur) dans une direction imposée, non pas forcément par une dictature visible comme le gouvernement de Pékin, mais par une dictature soft comme celle du profit.
C'est en introduisant, en 2000, les fameux "liens sponsorisés", ces pubs "non instructives" sur quatre petites lignes de texte, que Google a trouvé le modèle economique qui menera
l'entreprise jusqu'a une capitalisation boursière de 100 milliards de dollars en cinq ans.
Qu'est ce qui interdit qu'une nouvelle formede pub, encore plus insidieuse, soit un jour
introduite pour viser de nouveaux sommets
financiers?
En juillet 2004, le site askquestions.org, de la PublicInterest News Gate, une association de BErkely (Californie) qui s'interesse à l'usage d'internet dans la vie démocratique,
remarquarait qu'en réponse à une question telle que: "Adolescent à problèmes" (Troubled Teen), les moteurs avaient tendance à mettre en avant les sites commerciaux ayant une solution à vendre. En revanche, les sites publiques ou associatifs, généralement plus serieux et offrant des conseils non orientés vers des solutions COERCITIVES et /ou
commericales, passaient inapercus.
Un peu comme si les moteurs (Google était à l'epoque moins fautif que Yahoo) interpretaient les mots-clés dans le sens: "qu'avez-vous à me vendre dans ce domaine?" Comme si le Web n'etait dèjà qu'un grand supermarché. La première explication est fort simple: les sites commerciaux se donnent beaucoup de mal pour apparaitre en haut de l'affiche. Il existe en effet des techniques pour impressionner, voire "intoxiquer", l'algorithme PageRank de Google et lui faire croire qu'un site Web est vraiment tres apprécié des internautes.
Cela afin de le faire apparaitre plus haut dans la liste de pages proposée en réponse à une recherche. Mais les spécaliste du SEO (Search Engine Optimisation) ont un prix..
Aujourdh'ui, lorsqu'on tape "google chine", le premier lien fourni par Google mène vers une page de Google-watch.org, un observateur indépendant qui n'est pas spécialement tendre avec Google. Pour combien de temps.
Source: Marianne,
Numéro 471 du 29 avril au 05 mai.
Google, le monopole de tous les dangers
Coté face, Google se presente comme une entreprise "cool"proposant des services gratuits,favorisant lacirculation desinformations et des idées. Coté pile,google est un quasi-monopole qui s'apprete à supplanter Microsoft et TF1 dans la conquete du "temps de cerveau disponible". Enquete
Par Pierre Vandeginste
On croyait, avec Microsoft, avoir atteint le sommet du monopole liberal.
Google est peut etre en train d'acquerir une position encore plus expugnable et, surtout,plus inquietante. Google risque en effet de devenir l'annuaire universel, canal unique de l'acces a l'information, aux images et à tous les echanges entre citoyens, du mail au Blog.

Pour conquerir cette hégémonie, "Big Google" poourrait remplacer nos logiciels et ramener le
PC au role d'ecran d'acces au Web. Dur pour Microsoft, certs. Mais menacant surtout pour
chacun d'entre nous. D'autant que le cours de bourse de Google - qui a quintuplé en moins de
deux ans - remonte en fleche apres une alerte en debut d'année. Et que le dernier chiffre
d'affaire trimestriel affiche une augmentation de 92%...
Sur quoi repose l'hypotese orwellien qui se dessine petit a petit dans l'imaginaire collectif de la planete High-Tech? Un empilement de faits, de supputations et de deductions.
Enumerons:
1/ Google a su installer durabelement dans le role de la nouvelle cle de voute du paysage informatique, le moteur de recherche. Autour de ce point de passage obligé, Google a su rassembler une palette de d'autres services capables de retenir l'internaute:info sur mesure, mail sans limite, recherche d'imagesn distribution de vidéo
2/ Google a trouvé un model economique efficace, reposant sur une forme de financement publicitaire dont il est devenu le champion: le "lien sponsorisé", publicité discrete mais tres remuneratrice, parce que selectionnee automatiquementen fonction d'un interet exprimé par la cible a travers ses mots-clés.
3/ Google a su comme personne generaliser la fonction de recherche: apres les news, les images et les blogs, c'est desormais dans les livres que l'on peut "googler" (le verbe to google sonne mieux en anglais).
4/ S'appuyant sur la part du lion qu'il a deja capturée dans la publicité sur le Net, Google
part a l'assaut d'autres médias: presse papier et radio. Parions (Moi aussi je parie avec Marianne tiens!!) que la Pub télé est pour bientot.
C'est la nouvelle la plus fracassante de ces dernieres semaines: Google vient de racheter
Writely, une "jeune pousse" qui propose tout simplement un traitement de texte en ligne. En
d'autres termes, Google pourra dire a ses aficionados: Google n'est pas simplement utile pour rechercher une information sur le Net, il permet maintenant de rediger des textes, de les
stocker, de les rendre publics, de les ellaborer et de les corriger a plusieurs,a partir de n'importe quel ordinateur... Tout cela sans acheter de traitement de texte (valeur: a partir
de 250€ .. [1 € a Derb Ghallef]) et, partant, sans avoir a le mettre a jour chaque fois que la version precedente est devenue obsolete.
Gratuit donc? Ce serait oublier que la gratuité n'est pas de ce monde marchand. Si l'on ne paye pas de maniere visible, c'est que l'on paye en douce. Dans le cas de Google, jusqu'a preuve du contraire, le modele economique repose sur une publicité, discrete mais triomphante.
On imagine que, tout comme sur le moteur de recherche, des "liens sponsorisés" risquent d'apparaitre dans un coin, a coté du texte que l'on redige. Comme d'habitude, puisque c'est l'une des clés du succés de Google, cette pub douce sera ciblee, selectionnee en fonction meme des textes saisis. C'est le principe deja appliqué par Gmail, le service de courrier electronique haut de gamme teste depuis quelques mois. Google lisait deja notre courrier, lira t il desormais tout ce que nous ecrivons?
Mais on peut imaginer quer Google exploitera d'autant plus globalement cette nouvlle matiere
que l'utilisateur la lui fournira de son plein gré. En analysant a fond les textes stockés,
Google cernera plus finement, sinon la personnalité de chaque client, du moins ses centres d'interet, ses gouts, bref, tout ce dont raffolent les annonceurs. On verifiera une fois de
plus qu'Internet est bel et bien le paradis des fils de pub: dans quelle autre sphere peut-on viser chaque cible individuelle en fonction d'un profil construit jour apres jour?
Bien plus fort que les pubs destinées aux amateurs de sports ou d'aeroports: le Tour de France seulement pour les accros du vélo, ou les Maldives reservées aux seuls fanas du tuba.
Quelques jours avant l'annonce du rahat de Writely et de son logiciel, une curieuse fuite,
si etrange qu'elle semblait avoir été savamment organisée, nous apprenait que Google aurait
sous le coude un projet dénommé Gdrive. Google s'appreterait a nous proposer un disque dur... sur le web? (eh oui..siffla spacejoe).
La fonction existe déja, elle est memeintegrée par Apple dans le Macintosh et proposée par les bons distributeurs comme la Fnac: signez un abonnement et vous pourrez stocker via le Net tant de megaoctets sur nos ordinateurs.
Formidable pour constituer une sauvegarde delocalisée, resistant aux pires scenarios
catastrophe: cambriolage, incendie, tempete, inondation, tremblement de terre...
Nos precieuses photos de famille et nos textes inspirés y sont plus en securité que sur un
support de sauvegarde rangé a deux pas du PC.
Un jour, donc, il se pourrait que Google propose de se reposer entierement sur son offre pour obtenir, par le web, presque tout ce qu'on faisait auparavant sur son PC.
En particulier, creer et stocker des textes, des tableaux, des fichiers, des dessins, des photos, des videos... avec, a chaque fois, des ossibilités supplementaires liees a la nature meme du Web.
Primo, tout est immediatement "publiable"; inutile, donc, d'envoyer des photos du petit dernier à vos proches, il suffit qu'il accedent a l'album familial.
Cette possibilité fait deja l'objet de multiples propositions (notamment chez Yahoo),mais google pourrait l'etendre aux textes, tableaux, videos, bref, à toutes les formes d'information.
Secundo, tout ce qu'on laisse chez Google reste accessible à partir de n'imorte quel ordinateur connecté et, bientot, de n'importe quel telephone mobile. En outre, il est possible de travailler a plusieurs sur un document ainsi herbegé.
Tertio,plus de logiciel à acheter, et donc à mettre à jour.
Bien entendu, il y'a un prix a payer. Il faut accepter d'exposer tout son egonumérique à Big
Google, le nouveau maitre de la publicité. Avec, à la clé, cette terrible double dependance à l'endroit de google et d'Internet.
L'utilisateur decouvrira alors le dernier concept en vogue: le "webtop". Apres le "Desktop" (en substance, "sur le bureau"), le "laptop" ("sur les genoux") et le "palmtop ("sur la main") que Microsoft avait réussi a accaparer avec Windows, le "webtop" serait la "plateforme" du futur dont google serait le mieux placé pour prendre le controle.
Pourquoi? Tout simplement parce qu'il est solidement implanté sur un point clé du Web, en se
donnant le role de "flecheur", d'orienter, bref, de moteur de recherche dominant. Un lieu tout aussi strategique que la position sur laquelle s'etait installée hier Microsoff, avec les consequences que l'on sait.
Un taux de profit de 24%
Google a en effet bâti sa forteresse sur une equation economique miraculeuse: alors que
Microsoft doit vendre ses logicielspour realiser ses fabuleux profits, Google se contente d'offir un bouquet de service entierement financé par la pub. Google devient une sorte de TF1, visant un public potentiel d'un milliard d'internautes et qui ne demande qu'a s'elargir.
N'en doutons pas, la gratuité si appreciee des internautes est un leurre.
Sinon, pourquoi Google connaitrait il une croissance aussi fulgurante. Comment la société pourrait elle afficher un taux de profit de 24% en "offrant" des services gratuits? En realité, Google empoche aujourd'hui 1% des recettes mondiales de la pub.
Et le web a toutes les raisons du monde de voir sa part du gateau publicitaire augmenter dans les annees a venir, a commencer par celle-ci,si prometteuse: l'Americain moyen passerait deja, selon certaines études, 30% du temps qu'il consacre a la consultation des medias... sur le Web.
En partant de son metier originel, Google attaque tous azimuths les sources potentiels de profits publicitaires reposant sur le Net. Ainsi, le projet Google Earth: un systeme d'exploitation de la planete terre tout en images satellitaires, avec reconstruction en 3D et cartographhies a la demande. Le tout, evidemment, parsemé de pubs "locales" (hotels, restaurants, boutiques...). "Un potentiel enorme", estime Olivier Andrieu, animateur du site abondance.com. D'ailleurs, Google travaille deja avec Wolksvagen sur une version embarquée de cette technologie, qui lui permet de nous guider jusqu'a la porte de ses annonceurs.
Il y'a aussi Google Print, récemment rebaptisé Google Book Search, un projet visant à offrir la recherche et l'accés a quantité de livres, qui a provoqué des reactions indignées en Europe et, en particulier, en France. L'ambition affichée etait sans limites, Google aurait bien avalé tout les livres du monde, sans rien demander a personne.
Mais face a d'innombrables obstacles legaux et commerciaux, il se contente d'offire dans un premier temps, l'acces a des ouvrages anciens, issus de quelques grandes bibliotheques
anglo-saxonnes. De ce coté-ci de l'Atlantique, on dénonce - à juste titre - le risque d'hégémonie anglo-saxonne.
Mais la bonne question est sans doute: que fait-on en face? D'ou l'impulsion notamment de JEan-Noel Jeaneney, le président de la Bibliothéque Nationale de France, la creation de European Digital Library. Celle-ci prévoit l'acces a deux millions d'ouvrages en 2008 et a six millions en 2010, en s'appuyant sur les bibliotheques numériques nationales comme Gallica, partie emergée de l'iceberg BNF,qui propose deja 70 000 livres et 80 000images.
Reste que tout cela n'offre qu'une pâle
concurrence à GoogleBook Search.
Le risque est tout aussi palpable avec googleVideo, qui propose des programmes gratuits et payants et prefigure une veritable "television a la carte". Il se pourrait bien, en effet, que le Net devienne le premier vehicule de la télé du futur. Le Web deviendrait alors le nombril de la publicité. En rachetant, en janvier dernier, la société Dmark, Google s'est donc doté d'une régie publicitaire radio.
Bref, tout en devenant moteur de recherche tous médias et un stockeur-distributeur de contenus en tout genre, Google vise le statut de régie publicitaire universelle. Pas de la réclame à l'ancienne. Non, de la pub subtile, telle que le permet la haute technologie d'aujourdh'ui.
Une publicité light, adaptée aux centres d'interet de chaque individu.
Les "liens sponsorisés" de Google sont aujourd'hui nettement séparés des réponses de son moteur de recheche. Mais qui nous garantit que la publicité ne va pas se rapprocher de l'information que Google est supposé traiter avec neutralité, voire se melanger avec elle? Surtout si Big Google réussissait à se debarasser de ses concurrents...
Créer un nouveau monopole privé: tel est bien l'objectif des fondateurs de Google.
En janvier 2006, Google était largement dominant aux Etats-unis, avec 48% desparts de marché contre 22% pour Yahoo et 11% pour MSN (Microsoft).
Ainsi serions-nous enfin "liberés" du Windows de
Bill Gates, mais tout aussi prisonnier d'une dictature numérique. Le tout, bien sur, au nom de la modernité.
Si Google ne traite que 48% des recherches sur le
Web americain, la proportion grimpe à plus de 80% en Europe. On constate d'ailleurs dans la
population des internautes une formidable tentation à s'en remettre sytématiqueme [comme
moi], par confort ou par facilité [les 2], à cette seule et unique boussole.
Algorithmes sous influences
Plus grave: les journalistes eux-memes, en principe soucieux de "recouper" l'information,
ont tendance à commencer toute enquete en soumettant quelques mots-clés à Google.
Or, en prenant cette fachause habitude, on accepte, sans y prendre garde, d'accordre à Google, la position de celui qui dit, et qui dicte, non seulement ce qui est interessant, pertinent ou important, mais tout simplement ce que les mots signifient.On prend aussi l'enorme risque de limiter considerablement le périmetre de l'information.
Google News prétend étudier 14 000 articles de presse par jour. Mais on oublie que qu'il
réussit ceprodige en ne traitant que 24 sujets.
Le monde de Google est celui de la duplication permanente. Et ce n'est pas tout.
En chine, quand on recherche "tian'anmen", Google propose des cartes postales fournies par le
gouvernement! Parce que Google a choisi de ne pas se facher pour si peu avec un dictateur.
Dans le reste du monde, Google répond au meme mot clé avec des liens et des images relatives à la celebre revolte de 1989. Parce que , pour le reste du monde, "tian'anmen"" renvoie a révolte, répression féroce, chars d'assaut...
Officiellement, c'est un logiciel qui décide de ce que veut dire "tian'anmen", ou "caricature" ou "terreur". Un logiciel, pense t-on, est neutre.
Officiellement, l'algorithme PageRank, qui determine l'ordre des réponses, et dont Google
est si fier, évalue l'importance de chaque page web en considérant tout les liens qui y mènent comme des votes. LEs pages les plus referencées sont considerées comme les plus pertinentes.
C'est donc une sorte de top 10 permanent qui est proposé. Or une page formidablement instructive, mais mal "noté" au départ, aura bien du mal à remonter la pente, puisque ceux qui risqueraient de la référencer ne la trouvent pas.
Pire: Google se fait le porte voix de tous les consensus, mous ou téléguidés. Il organise -
et automatise - un panurgisme global!
MAis Google est-il "seulement" suiviste? La vérité est , hélas, plus inquietante [héhéhé]: la
recette du fameux PageRank est aussi secrete que celle du Coca-Cola; elle évolue d'ailleurs sans cesse, notamment pour lutter contre les tentatives d'influence.
Quelque soit l'integrité des dirigeants actuels de la société, il ne tient désormais qu'a Google d'inflechir cette "neutralité" algorithmique (c'est quand meme plus facile de l'interieur) dans une direction imposée, non pas forcément par une dictature visible comme le gouvernement de Pékin, mais par une dictature soft comme celle du profit.
C'est en introduisant, en 2000, les fameux "liens sponsorisés", ces pubs "non instructives" sur quatre petites lignes de texte, que Google a trouvé le modèle economique qui menera
l'entreprise jusqu'a une capitalisation boursière de 100 milliards de dollars en cinq ans.
Qu'est ce qui interdit qu'une nouvelle formede pub, encore plus insidieuse, soit un jour
introduite pour viser de nouveaux sommets
financiers?
En juillet 2004, le site askquestions.org, de la PublicInterest News Gate, une association de BErkely (Californie) qui s'interesse à l'usage d'internet dans la vie démocratique,
remarquarait qu'en réponse à une question telle que: "Adolescent à problèmes" (Troubled Teen), les moteurs avaient tendance à mettre en avant les sites commerciaux ayant une solution à vendre. En revanche, les sites publiques ou associatifs, généralement plus serieux et offrant des conseils non orientés vers des solutions COERCITIVES et /ou
commericales, passaient inapercus.
Un peu comme si les moteurs (Google était à l'epoque moins fautif que Yahoo) interpretaient les mots-clés dans le sens: "qu'avez-vous à me vendre dans ce domaine?" Comme si le Web n'etait dèjà qu'un grand supermarché. La première explication est fort simple: les sites commerciaux se donnent beaucoup de mal pour apparaitre en haut de l'affiche. Il existe en effet des techniques pour impressionner, voire "intoxiquer", l'algorithme PageRank de Google et lui faire croire qu'un site Web est vraiment tres apprécié des internautes.
Cela afin de le faire apparaitre plus haut dans la liste de pages proposée en réponse à une recherche. Mais les spécaliste du SEO (Search Engine Optimisation) ont un prix..
Aujourdh'ui, lorsqu'on tape "google chine", le premier lien fourni par Google mène vers une page de Google-watch.org, un observateur indépendant qui n'est pas spécialement tendre avec Google. Pour combien de temps.
Source: Marianne,
Numéro 471 du 29 avril au 05 mai.
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