Accueil Casafree : Naissance de la presse en dialecte marocain ou "darija" - Actualité Maroc - Webzine
Actualité Maroc : Naissance de la presse en dialecte marocain ou "darija"
«Chasser le naturel, il revient au galop» dit le proverbe. Les Marocains se sont acharnés depuis toujours à chasser leur langue maternelle, en l'occurrence la belle darija, celle de leur parler quotidien, du champ de la production écrite. Le très philosophe et très panarabe Mohamed Abed al-Jabri écrivait que les arabes devraient se faire un devoir d' «éradiquer leurs parlers locaux pour conserver la pureté de la langue arabe classique». Cet intégrisme linguistique n'est pas une spécialité marocaine ou arabe, loin s'en faut.

L'Europe en a bien connu au Moyen-âge sous la férule de l'Eglise catholique qui considérait les langues parlées de l'époque, français, italien, allemand et autres, comme des dialectes vulgaires qui n'avaient pas la beauté, la force d'éloquence de la langue de la Bible, le latin. On sait ce qu'en est advenu de la belle langue latine.

La darija est-elle en train de rentrer dans ses droits, comme autrefois, sous la plume de Rabelais et Ronsard, la langue «vulgaire» ?

On en est pas là pour l'instant, faute sans doute d'un Rabelais, mais elle est en train, cahin caha, de grignoter du terrain, pas encore au pas de galop, loin s'en faut, mais avec assurance et détermination.

Il faut rappeler qu'elle a pris sa place déjà dans le cinéma et le théâtre, mais pas encore dans le roman, l'essai et le reste. Elle a à peine mis le pas dans la presse écrite. C'est une femme anglaise qui est à l'origine de cette initiative, il y a quatre ans déjà. Madame Elena Prentice.

Fille de diplomate, la présence de sa famille au Maroc remonte au début du siècle dernier, «mon grand-père est enterré à Tanger, et ma famille est dans cette ville depuis six générations».

Son père, consul général de la couronne britannique dans les années 30, était revenu vivre à Tanger après sa retraite et jusqu'à sa mort. Elena Prentice n'a pas dérogé à la tradition, elle vit toujours à Tanger : « Je me considère comme marocaine et je souhaite obtenir la nationalité marocaine».

C'est cette Marocaine de cœur qui, un jour, il y a quatre ans, s'était dit : «pourquoi ne pas faire profiter de la lecture des gens peu alphabétisés et qui ont de la peine à lire en arabe classique en leur offrant un journal en darija ?».

Ce n'est pas pour rien que le pragmatisme est né en Angleterre. Aussitôt dit, aussitôt fait: «Khbar bladna» est né, un journal hebdomadaire de 20 pages fait avec les moyens de bord sans photos ni fioritures, à la mise en page très sommaire mais avec des rubriques riches en informations dont un éditorial, des conseils pratiques dans différents domaines tels la santé, la cuisine, la circulation routière, etc.

On trouve également une page de divertissement, un répertoire de numéros de téléphone pratique, et même des pages créations et culture. Une aubaine pour une population à qui on a interdit le plaisir de la lecture d'autant plus que le journal est offert gratuitement.

«J'ai eu la joie de voir des jeunes gens qui n'ont jamais pris un livre entre leurs mains, lire «Akhbr Bladna» en 20 minutes !», s'exclame Elena Prentice.

«Il est possible de réduire rapidement l'analphabétisme au Maroc en mettant à la disposition des populations cibles des écrits dans la langue d'usage quotidien qu'elles comprennent facilement». « Akhbar Bladna» aujourd'hui circule à travers le Maroc y compris dans les régions reculées, par le biais des associations, des points de vente, tels les pharmacies, les stations d'essence et les cafés.

L'expérience est tellement concluante qu'Elena Prentice et quelques uns de ses amis, dont l'écrivain Youssef Amie El Alami, eurent l'idée d'organiser un Prix littéraire consacrant les œuvres de création en darija.

Baptisé «Bladi Bladna», ce prix, doté de la bagatelle de 15.000 DH, sera attribué à la meilleure œuvre chaque mois de février à l'occasion du Salon international de Tanger.

Fils unique depuis sa naissance, «Khbar Bladna» vient d'avoir un petit frère il y a à peine trois mois. Né à Salé cette fois, il porte le joli nom de «Al Amal».

Cette fois c'est un vrai magazine mensuel en couleur et avec des illustrations en abondance qui, apparemment, a l'intention de jouer dans la cour des grands.

Initié par l'institut supérieur de l'information et de la communication (Isic) et l'association française International Média Formateurs Associés (Imfa) en partenariat avec la fondation Alexandre et Marguerite Varenne, «Al Amal» fait partie d'un programme «qui vise la formation de 16 jeunes Slaouis, dont 8 filles, au métier du journalisme de proximité», nous confie Mohamed Znaïbi, le directeur de publication du magazine, lui-même formateur à l'Imfa.

« Le but est de donner à ces futurs journalistes la possibilité de diriger eux-mêmes leur journal et éventuellement de créer des emplois pour d'autres». Le magazine est bien fait, agréable à lire. On y trouve des articles très divers, économie, société, sport, art et culture. Distribué gratuitement, il se veut un exemple de journalisme de proximité que d'autres jeunes pourraient suivre.

Paru sur Le Matin du 09-03-2006

Casafree.com le 10/3/2006 8:41:19
Les articles publiés sur le webzine Casafree.com sont sous copyright Casafree.com et nos agences de presse partenaires Panapress, PRN, et Xinhua sauf mention contraire. Toute reproduction même partielle des articles sans leur accord écrit est strictement interdite.
Article précédent: Ehoud Olmert évoque un autre mur de séparation
Article suivant: A qui appartient Marrakech?

Les commentaires appartiennent à leurs auteurs. Nous ne sommes pas responsables de leur contenu.
Auteur Conversation

inscription
Votre compte Casafree :

La météo des autres villes