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Actualité Maroc : La stratégie de l'amende
Des patrons de la nouvelle presse arabophone indépendante sont régulièrement convoqués par la justice pour répondre de leurs excès éditoriaux à l'égard du Pouvoir. Dernier en date, le directeur d'Al Michaâl, jeune hebdo aux dossiers « trash » s'est vu taper sur les doigts par un procureur de Casablanca pour avoir fait état des vicissitudes d'un de ses confrères, en l'occurrence « Al Bidaoui », qui a dû se plier aux exigences de son imprimeur pour sa Une jugée « antipatriotique ».

Le ministre de la Communication sur 2M et celui de la Justice devant les parlementaires ont ressorti la vieille rengaine de la nécessité d'avoir une « presse responsable », c'est-à-dire, en clair, une presse lisse qui se doit d'accompagner le discours officiel.

Contre les journaux au ton libre, le Pouvoir aurait décidé de ne plus utiliser les peines privatives de liberté qui pourraient, par obsolescence, être biffées du code de la presse.

En contrepartie, la formule de l'amende lourde, utilisée en avant-première contre « Le Journal » dans son tristement célèbre procès contre le ministre des Affaires étrangères est devenue le mode opératoire favori pour réprimander la presse. En réalité, le dispositif est plus complexe.

Une panoplie de mesures a été mise en place et son application se fait à la carte. De l'interdiction d'exercer inaugurée pour Ali Lmrabet aux avertissements dissuasifs contre certains journaux, l'Etat module comme il l'entend son traçage des lignes rouges. Dans les affaires de diffamation auxquelles est confronté aujourd'hui TelQuel, les fortes amendes ont poussé cette publication à, d'abord dénoncer une volonté délibérée du Pouvoir de l'abattre pour ses positions éditoriales, puis de tenter assez paradoxalement, suite à cette assertion, de trouver un compromis avec une des plaignantes.

Une situation certes pragmatique mais qui dévalue sa première ligne de défense, pourtant étayée par un dossier sur la justice pour le moins accusateur et frontal. Et sur cela, l'Etat se réjouit, y trouvant par la voix de ses représentants officiels l'argumentaire fallacieux d'une justice qu'il prétend plus que jamais indépendante. A côté de cela, ce même Etat fait miroiter à ceux-là même qu'il tente de faire taire des subventions qu'il pourrait accorder sur des critères qui confinent à l'allégeance éditoriale des prétendants à la manne. Mais la ficelle est bien grosse.

Aucune subvention n'est acceptable d'un Etat qui maintient un corpus juridique répressif contre la liberté de la presse et qui, de surcroît, utilise quasi-officiellement l'arme du boycott publicitaire. En France, pour ne se référer qu'à cet exemple, les subventions existent afin d'assurer une diversité éditoriale. La loi qui l'organise (Loi Sapin) prévoit en l'occurrence une réaffectation des ressources publicitaires, captées par les afficheurs qui ne participent en rien au développement des médias, au profit de la presse. Au Maroc, la subvention est d'abord conçue comme une rétribution à la presse qui s'engage à respecter la ligne politique du seul Pouvoir. Car celle qui la critique ne peut, en raison de la distorsion du marché publicitaire par rapport à ses scores de vente, remplir tous les critères requis, dont celui de s'affilier à une Fédération des Editeurs autoproclamée et docile, seul interlocuteur professionnel du gouvernement. On est là face à deux philosophies diamétralement opposées. On imagine mal, par exemple, dans le contexte marocain, une taxation de sociétés d'affichage publicitaire comme FC Com au profit de journaux qui dénoncent les affres de la gouvernance de l'Etat…




Par Ali Amar


Source : Le Journal Hebdo

Casafree.com le 31/12/2005 18:37:36
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