Internet : La crédibilité de Wikipedia en question

Dans un article publié la semaine passée dans USA Today, John Seigenthaler explique que les pages relatives à sa biographie sur le site Wikipedia ont subi des modifications, lesquelles laissaient clairement entendre qu'il avait été suspecté non seulement dans l'assassinat de Robert Kennedy, mais également dans celui de son frère John Fitzgerald Kennedy. Par ailleurs, la « nouvelle » biographie indiquait que John Seigenthaler avait vécu 13 ans dans l'ex-Union soviétique. L'ensemble est resté en l'état pendant plusieurs mois avant que le délit ne soit découvert et les propos diffamatoires supprimés.
Ce nouvel accroc fait tache. Et ce d'autant plus que Wikipedia est devenu une sinon « la » référence en matière de connaissance en ligne. Le trafic de l'encyclopédie libre et gratuite a en effet bondi de 154% en un an, selon les chiffres publiés par la société d'études Hitwise. Wikipedia constitue désormais la première source de recherches de références aux Etats-Unis, devant des sites comme Dictionnary.com ou Answers.com. Sur des sujets d'actualité « chaude » tel celui du retrait des colons de la bande de Gaza, elle a pulvérisé l'audience de ses concurrents Google News, Yahoo News ou BBC News en captant plus de 22% des requêtes. Cette gigantesque salle de rédaction virtuelle comprend aujourd'hui plus de 350.000 rédacteurs qui participent à la création ou la retouche de quelque 2 millions d'articles et d'informations rédigées dans plus de 25 langues.
Mais voilà, la nature même de Wikipedia rend son fonctionnement et par là même sa crédibilité particulièrement fragile. Pour Florence Devouard, vice-présidente de Wikimedia France, ce problème a pris une dimension d'autant plus préoccupante que les contenus de Wikipedia sont repris par plusieurs centaines de sites miroirs, indépendants, et dont les mises à jour s'effectuent avec un temps de décalage. Or certains sujets ou thèmes font l'objet de réécritures pirates. « Chercher la personne responsable d'un tel acte de vandalisme n'est pas une chose facile dans la mesure où la quasi totalité des utilisateurs signent d'un pseudonyme. On ne peut pas facilement identifier une personne à partir d'une simple adresse IP ». Au-delà des faits, cette affaire repose une nouvelle fois la question de savoir qui est responsable : celui qui publie des propos erronés, infamants ou celui qui héberge le serveur ?
« Le problème est manifeste et les solutions difficiles à adopter », admet Florence Devouard qui met en avant deux nouvelles mesures de défense. La première, actuellement en test, permettra à une équipe de valider un article grâce à un système de notation multi-critères concernant la qualité rédactionnelle, l'éthique, etc… « L'idée, à terme, serait qu'un article repris par les sites miroirs soit totalement validé », explique Florence Devouard. La seconde mesure concerne l'obligation pour le rédacteur de citer ses sources. Un protocole déjà mis en place depuis plusieurs semaines sur le site en langue anglaise. Par ailleurs, Jimmy Wales, a annoncé lundi que la création d'articles sera désormais réservée à des personnes dûment enregistrées. Mais les modifications ultérieures pourront toujours être effectuées de façon anonyme. Un principe défendu par la majorité des superviseurs au nom de la liberté d'expression.
lexpansion.com
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