Société : Sécurité alimentaire : A quand un consommateur acteur?
Savez-vous comment on conserve les poulets dans un souk avant de les vendre? On les immerge dans un seau... rempli de leur sang!
Savez-vous aussi que lorsque l’épicier du coin fait un sandwich, son couteau a trempé dans le beurre, le thon et peut-être même servi à chasser un cafard? Si le consumérisme se développe au Maroc, en revanche, la mise en place d’une politique de sécurité alimentaire fiable et cohérente est plus lente. L’étiquetage des produits a-t-il un sens avec le taux d’analphabétisme que l’on a?
La sécurité du consommateur peut-elle être assurée avec l’éparpillement des textes de lois (plus de 300!), rendant inefficace leur application? «Des paradoxes», indique Nourredine El Hachami, modérateur du forum sur la sécurité du consommateur organisé par la Fondation ONA, le 22 novembre à Casablanca. Le but de la conférence, animée par des intervenants aux compétences plurielles (ministères de l’Industrie et de l’Agriculture, professeurs universitaires, opérateurs économiques, associations, presse...), était d’apporter, grâce notamment aux débats, un certain nombre de recommandations ainsi que de «véritables pistes de projets», indique El Hachami.
«Conscience de la société»
Il faut dire que le forum est d’actualité au moment où le Maroc met en place des solutions afin de prévenir une pandémie, la grippe aviaire... La journée vise une performance accrue de l’industrie agroalimentaire et de la distribution dont la contribution au PIB dépasse le 1/3.
De même, «la conscience de notre société», selon les termes d’El Hachami (la presse), a été sollicitée afin d’assumer son rôle d’alerte et de contribuer à l’émergence du «consommateur acteur».
Brahim Kheiredine, chef de la division des Approvisionnements et de la Distribution au ministère de l’Industrie, n’a pas manqué de relever, à son tour, le manque de cohérence et de coordination des organes assurant la sécurité du consommateur.
Plusieurs volets ne bénéficient d’aucune réglementation. «Le mouvement consumériste est à l’état embryonnaire et ne dispose que de moyens limités pour agir», observe Kheiredine. Au final, celui qui paie, c’est le consommateur. Celui-ci demeure sous-informé sur ses droits mais aussi obligations. Il faut, selon lui, disposer d’un cadre juridique approprié et développer des actions de communication responsabilisant directement les acheteurs. La stratégie du ministère passe par l’élaboration (actuellement en phase de finalisation) d’un nouveau cadre juridique, conçu sur la base d’un benchmark international.
L’obligation d’informer le consommateur, la réglementation du crédit à la consommation, le soutien des associations ainsi que l’introduction du droit de rétractation pour le consommateur sont dans la ligne de mire du ministère.
Autre projet essentiel: la création de l’Acqsa (agence de contrôle de la qualité sanitaire alimentaire) afin de pourvoir le pays d’une législation «basée sur les principes internationaux», indique Abderrahmane Hilali, directeur de la Protection des végétaux, des Contrôles techniques et de la Répression des fraudes, au ministère de l’Agriculture. Les autres axes de réforme annoncés par Hilali touchent, en outre, la mise à niveau des RH ainsi que l’accréditation de davantage de laboratoires d’analyses.
Autre point de vue, celui de la division de l’Hygiène alimentaire du ministère de l’Agriculture représenté par Abdelaziz Choukri, chef du département. Vu l’importance du secteur agroalimentaire, on ne peut aujourd’hui faire l’économie de partenariats public-privé et responsabiliser les industriels dans la livraison de produits de qualité. Il faut également impliquer les professionnels dans le projet de loi.
Le professeur Larbi Idrissi, chercheur au sein du département de Toxicologie à l’Institut national d’hygiène basé à Rabat, a une approche du risque plus alarmiste. «Nous ne disposons pas, au Maroc, d’un système de toxico-vigilance. Nous gérons la crise lorsqu’elle se présente!» La prévention a du mal à s’installer, a-t-il rappelé, tant dans le secteur public que privé. Selon Idrissi, et malgré la pluralité d’intervenants, notre système de gestion des risques est inefficace et nécessite une unité d’action ainsi qu’une meilleure coordination des divers départements.
«Il faut accélérer le processus de réglementation relatif à la création d’une agence de sécurité sanitaire des aliments». Beaucoup reste à faire donc, au travail!
Médias, informez!
Puisque «nos lecteurs sont avant tout des consommateurs» et que «l’accès à l’information est capital», comme l’a rappelé Meriem Oudghiri, secrétaire générale de la Rédaction à L’Economiste, le rôle de la presse en tant que vecteur de bonnes pratiques ou de dénonciation, au contraire de situations potentiellement dangereuses, a été largement sollicité par les intervenants.
Meriem Oudghiri, qui pilote la page hebdomadaire Eco-Consom depuis trois ans (cf.www.leconomiste.com), est intervenue sur le thème: «Rôle et modalités d’action de la société civile et de la presse». Ainsi, dans les pays développés, les associations sont force de lobbying et ont pu développer, au fil des années, «une information de qualité en s’impliquant dans la certification des produits et des services», indique-t-elle.
La presse, en relayant le travail des ONG, permet une prise de conscience pour le consommateur. On glisse alors vers le fameux «consommateur acteur». Et comme l’a souligné Oudghiri: «Un consommateur avisé, c’est un consommateur protégé».
Céline PERROTEY pour L'Economiste
Savez-vous aussi que lorsque l’épicier du coin fait un sandwich, son couteau a trempé dans le beurre, le thon et peut-être même servi à chasser un cafard? Si le consumérisme se développe au Maroc, en revanche, la mise en place d’une politique de sécurité alimentaire fiable et cohérente est plus lente. L’étiquetage des produits a-t-il un sens avec le taux d’analphabétisme que l’on a?
La sécurité du consommateur peut-elle être assurée avec l’éparpillement des textes de lois (plus de 300!), rendant inefficace leur application? «Des paradoxes», indique Nourredine El Hachami, modérateur du forum sur la sécurité du consommateur organisé par la Fondation ONA, le 22 novembre à Casablanca. Le but de la conférence, animée par des intervenants aux compétences plurielles (ministères de l’Industrie et de l’Agriculture, professeurs universitaires, opérateurs économiques, associations, presse...), était d’apporter, grâce notamment aux débats, un certain nombre de recommandations ainsi que de «véritables pistes de projets», indique El Hachami.
«Conscience de la société»
Il faut dire que le forum est d’actualité au moment où le Maroc met en place des solutions afin de prévenir une pandémie, la grippe aviaire... La journée vise une performance accrue de l’industrie agroalimentaire et de la distribution dont la contribution au PIB dépasse le 1/3.
De même, «la conscience de notre société», selon les termes d’El Hachami (la presse), a été sollicitée afin d’assumer son rôle d’alerte et de contribuer à l’émergence du «consommateur acteur».
Brahim Kheiredine, chef de la division des Approvisionnements et de la Distribution au ministère de l’Industrie, n’a pas manqué de relever, à son tour, le manque de cohérence et de coordination des organes assurant la sécurité du consommateur.
Plusieurs volets ne bénéficient d’aucune réglementation. «Le mouvement consumériste est à l’état embryonnaire et ne dispose que de moyens limités pour agir», observe Kheiredine. Au final, celui qui paie, c’est le consommateur. Celui-ci demeure sous-informé sur ses droits mais aussi obligations. Il faut, selon lui, disposer d’un cadre juridique approprié et développer des actions de communication responsabilisant directement les acheteurs. La stratégie du ministère passe par l’élaboration (actuellement en phase de finalisation) d’un nouveau cadre juridique, conçu sur la base d’un benchmark international.
L’obligation d’informer le consommateur, la réglementation du crédit à la consommation, le soutien des associations ainsi que l’introduction du droit de rétractation pour le consommateur sont dans la ligne de mire du ministère.
Autre projet essentiel: la création de l’Acqsa (agence de contrôle de la qualité sanitaire alimentaire) afin de pourvoir le pays d’une législation «basée sur les principes internationaux», indique Abderrahmane Hilali, directeur de la Protection des végétaux, des Contrôles techniques et de la Répression des fraudes, au ministère de l’Agriculture. Les autres axes de réforme annoncés par Hilali touchent, en outre, la mise à niveau des RH ainsi que l’accréditation de davantage de laboratoires d’analyses.
Autre point de vue, celui de la division de l’Hygiène alimentaire du ministère de l’Agriculture représenté par Abdelaziz Choukri, chef du département. Vu l’importance du secteur agroalimentaire, on ne peut aujourd’hui faire l’économie de partenariats public-privé et responsabiliser les industriels dans la livraison de produits de qualité. Il faut également impliquer les professionnels dans le projet de loi.
Le professeur Larbi Idrissi, chercheur au sein du département de Toxicologie à l’Institut national d’hygiène basé à Rabat, a une approche du risque plus alarmiste. «Nous ne disposons pas, au Maroc, d’un système de toxico-vigilance. Nous gérons la crise lorsqu’elle se présente!» La prévention a du mal à s’installer, a-t-il rappelé, tant dans le secteur public que privé. Selon Idrissi, et malgré la pluralité d’intervenants, notre système de gestion des risques est inefficace et nécessite une unité d’action ainsi qu’une meilleure coordination des divers départements.
«Il faut accélérer le processus de réglementation relatif à la création d’une agence de sécurité sanitaire des aliments». Beaucoup reste à faire donc, au travail!
Médias, informez!
Puisque «nos lecteurs sont avant tout des consommateurs» et que «l’accès à l’information est capital», comme l’a rappelé Meriem Oudghiri, secrétaire générale de la Rédaction à L’Economiste, le rôle de la presse en tant que vecteur de bonnes pratiques ou de dénonciation, au contraire de situations potentiellement dangereuses, a été largement sollicité par les intervenants.
Meriem Oudghiri, qui pilote la page hebdomadaire Eco-Consom depuis trois ans (cf.www.leconomiste.com), est intervenue sur le thème: «Rôle et modalités d’action de la société civile et de la presse». Ainsi, dans les pays développés, les associations sont force de lobbying et ont pu développer, au fil des années, «une information de qualité en s’impliquant dans la certification des produits et des services», indique-t-elle.
La presse, en relayant le travail des ONG, permet une prise de conscience pour le consommateur. On glisse alors vers le fameux «consommateur acteur». Et comme l’a souligné Oudghiri: «Un consommateur avisé, c’est un consommateur protégé».
Céline PERROTEY pour L'Economiste
Casafree.com le 24/11/2005 18:50:00
Les articles publiés sur le webzine Casafree.com sont sous copyright Casafree.com et nos agences de presse partenaires Panapress, PRN, et Xinhua sauf mention contraire. Toute reproduction même partielle des articles sans leur accord écrit est strictement interdite.
Article suivant: Le sida connaît une évolution dramatique au Maroc
Les commentaires appartiennent à leurs auteurs. Nous ne sommes pas responsables de leur contenu.
| Auteur | Conversation |
|---|
