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Actualité Maroc : Les projets américains sur le Maroc
A deux reprises cette année, les Etats-Unis sont intervenus directement sur la scène politique marocaine:

- pour inviter Nadia Yassine, porte-parole d’Al Adl Wa Al Ihssane, aux USA, lui offrir une tribune et puis pour conseiller discrètement le report d’un procès, qui lui était intenté pour délit d’opinion, et dont le moins que l’on puisse dire est qu’il l’était de manière très maladroite et après maintes tergiversations;
- pour organiser la libération des derniers prisonniers militaires marocains, incarcérés depuis des décennies à Tindouf.
Dans les deux cas, interrogés, les officiels américains ont insisté sur le bien-fondé -démocratie, liberté d’opinion, facilitation dans une crise régionale- de leurs interventions.
Lesquelles ont été au Maroc diversement appréciées. Pour le cas des prisonniers, il semble avoir été pris acte, sans commentaire superflu, dans l’ignorance des véritables soubassements de la démarche américaine. Par contre, dans le cas de Nadia Yassine, il a été ouvertement déploré que “des alliés nous tirent dans le dos”.

Cette remarque reflète une certaine méconnaissance des pratiques constantes américaines. La seule différence, il est vrai notable, est qu’ils le fassent plus directement aujourd’hui qu’hier. Ces pratiques sont courantes au Moyen-Orient depuis au moins deux à trois décennies. Elles paraissent nouvelles au Maghreb, ce qui signifie bien que cette région est tombée dans leur sphère d’influence et la visite de Dominique de Villepin n’y change strictement rien, même si elle n’est pas du tout contradictoire avec la présence politique américaine. Le président égyptien, Moubarak, a beau aller souvent à Paris, rien n’enlève qu’il a dû changer son fusil d’épaule pour les dernières élections, sur les demandes insistantes de Washington et donc supporter des candidats adverses, même s’il s’est fait réélire à 89% des 23% votants, ce qui n’est finalement pas beaucoup. Et ce n’est qu’un exemple…

A plusieurs reprises, dans l’histoire récente du Maroc et du Maghreb, et que l’on se souvienne de 1971 et de 1972, mais il y a eu aussi d’autres cas, les USA ont été capables de lancer des avertissements dès lors qu’une politique intérieure leur semblait problématique et, s’ils n’étaient pas entendus, de pousser des pions sur un échiquier, quitte, par la suite, à les démentir, voire à avertir les autorités du pays concerné de ce qu’ils avaient laissé se fomenter, pour le faire avorter. Si l’on scrute bien ce qui se passe, ils n’agissent pas aujourd’hui différemment. Et la seule différence, il est vrai aussi de taille, c’est qu’ils sont actuellement tout de suite entendus.

Cette façon de procéder est au service du statu quo. Elle a comme argument que si l’on s’intéresse à une région, on doit en connaître tous les acteurs et en mesurer tous les paramètres, mais qu’il n’est pas besoin d’être tout le temps sur le terrain. Il y suffit de quelques signes, comme ceux périodiquement lancés à propos des droits humains (lettre de certains parlementaires américains au Premier ministre pour exprimer leur préoccupation sur cette question concernant particulièrement le Sahara).

Autre exemple: l’INDH où le développement humain remplace fort opportunément les droits humains!

· Un pays “semi-autoritaire”

Une démarche ciblée pour empêcher les protestations de trop gonfler et mettre au niveau du libéralisme économique un retard social jugé, mais aussi désormais, ce qui est nouveau, par les populations elles-mêmes, scandaleux.
Le Maroc est donc un pays qui se cantonne dans un semi-autoritarisme où l’équilibre est constamment mis en péril et constamment rétabli. Une fois que l’on a compris cette donnée de base, tout s’éclaire et ce qui paraît parfois de l’improvisation, tant cela semble fait de manière maladroite, obéit pourtant à une relative cohérence. Donc, il faut éviter que les choses dérapent trop et il faut tendre à une solution forcément lente, étant donné la nature du système, de certains problèmes majeurs comme la brouille algéro-marocaine qui gêne ou peut gêner l’initiative militaire pansahélienne du gouvernement américain dans la région. D’où la libération des prisonniers marocains mais surtout une solution débordant le plan Baker pour viser à une acceptation par le Maroc d’une solution politique régionale. Washington a proposé clairement son aide.

Certes, la guerre froide peut être tenable, après tout c’est un statu quo comme un autre, mais il ne faut pas non plus déraper.
Statu quo donc sur fond de libéralisation économique accentuée dans la nature des lois du marché, accès à ceux-ci des secteurs marginalisés de la population, c’est le sens de l’INDH, rappels à l’ordre sur les droits humains et les libertés d’opinion, par moment. Après tout, on ne peut trop demander aux pays éloignés des zones pétrolières (encore que, n’a-t-on pas récemment trouvé du pétrole en Mauritanie, ce qui explique beaucoup de choses sur le coup d’Etat récent dans le pays), éloignés aussi du terrain d’opérations militaires moyen-oriental (encore qu’on ne sait jamais quel pan-Sahel Initiative oblige!).
Cet éloignement ne provoque pas d’urgences pour des réformes qui doivent être faites à leur vitesse.

En ayant toujours présent à l’esprit que le modèle politique pour ces Américains si pragmatiques reste la Turquie qu’ils n’ont pas renoncé à imposer à l’Europe.
Ce faisant, les Américains n’ont pas le sentiment de trahir ou d’abandonner les franges occidentalisées et modernes des pays arabes: ils font avec ce qu’il y a sur le marché et avec l’importance attribuée aux uns et aux autres, et les ghettos communautaires et réduits ne les gênent pas du tout.
Mais il est vrai que tout cela c’était avant deux cyclones et deux tsunamis qui risquent de faire revenir l’isolationnisme américain…

"Les Américains n’ont pas le sentiment de trahir ou d’abandonner les franges occidentalisées et modernes des pays arabes: ils font avec ce qu’il y a sur le marché et avec l’importance attribuée aux uns et aux autres, et les ghettos communautaires et réduits ne les gênent pas du tout"


Un génie spécial de l’immobilisme

Pour l’INDH, 350 communes rurales et 250 quartiers urbains défavorisés vont bénéficier de petits projets pour 10 milliards de dirhams sur 5 ans, des petits projets du type de ce qu’essaient de faire depuis longtemps une myriade d’associations, mais cette fois, avec les moyens de l’Etat et son soutien, sans oublier la mobilisation des ministres et fonctionnaires, tout ceci étant un plus ou un moins, c’est selon.

D’ailleurs, les ONG sont sollicitées pour participer à l’entreprise, sacrée “nationale” et “de la plus haute priorité”. Elles sont là pour ça.

La société civile va trouver les moyens de se mettre en scène sur le compte de l’Etat, en lieu et place des partis politiques, définitivement aux abonnés absents, pour cause d’incompétence, en attendant qu’eux aussi soient mis à niveau et normalisés par les trains de lois qui s’annoncent. Il n’y a là rien de bien nouveau, sauf la mobilisation afférente au projet. Si certains quartiers ou communes, comme Tata par exemple, se plaignent de ne pas en être, c’est pain béni: cela montre qu’une démocratie de base se met en place…
Tout part du principe simple qui est celui-ci: les pauvres ne peuvent pas accumuler mais ils peuvent consommer, d’ailleurs ils le font déjà; donc qu’ils le fassent selon les lois du marché au lieu d’alimenter un informel qui est vu comme un instrument de déviance…

Cette initiative part aussi d’un constat très clairement formulé par différentes études internationales et américaines, dont la dernière en date est celle de Human Rights: le Maroc n’est pas un pays en transition. C’est un pays qui a trouvé une formule particulière d’immobilisme correspondant à son histoire et à des faits récents comme le 11 septembre 2001 (dont il ne faut pas oublier qu’il a contribué à freiner la démocratie ou la démocratisation partout dans le monde au profit d’un sécuritaire renouvelé).

Par Zakya DAOUD

Source : L'Economiste


Casafree.com le 27/10/2005 20:00:00
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