Culture : Calligraphie : Daifallah sur les cimaises de Matisse Art Gallery
Voila plus de quatorze siècles que l'écriture arabe véhicule toute une culture, celle de la civilisation arabo-musulmane. Elle a, depuis toujours, été un symbole d'unité et d'identité du monde musulman.
Elle reste la principale caractéristique des arts islamiques; son utilisation comme élément décoratif et iconographique sur divers supports, aussi bien sur les objets que sur les moments, lui confère la valeur d'empreinte digitale de la culture arabo-musulmane.
Et, ce n'est pas un hasard, si aujourd'hui encore des peintres continuent à l'utiliser comme moyen d'expression picturale. Car la calligraphie arabe demeure leur particularité, et partant, le signe de leur appartenance à une culture donnée.
Les oeuvres de Zendroudi, de Wajih Nakhla, de Naja Mehdaoui, de Hariri, de Seddiqui...et de bien d'autres illustrent parfaitement cette tendance qu'on pourrait nommer de calligraphique, à l'instar du mouvement des lettristes occidentaux.
Cependant, à la différence des caractères de l'écriture latine, la calligraphie arabe n'est pas limitée à l'art du livre; par son importance religieuse, ses qualités esthétiques, et surtout sa plasticité, elle devient un élément plastique à part entière. Et c'est la raison pour laquelle elle est si convoitée encore de nos jours, par de jeunes peintres comme Noureddine Daifallah qui nous présente aujourd'hui ses oeuvres, fruit d'une recherche assidue sur l'écriture arabe.
Ce jeune artiste n'a pas résisté à la tentation d'explorer, à sa manière les possibilités d'un plasticien préoccupé par les problèmes plastiques contemporains; il a décidé de se démarquer de ses prédécesseurs par sa volonté de s'affirmer en tant que peintre vers la peinture. Ici le pinceau supplante le « Kalam » (l'instrument traditionnel des calligraphes), l'encre fait place à la peinture, la polychromie remplace la monochromie, la polysémie prend toute son importance.
Procédant par élimination, Daifallah commence par faire disparaître de son travail les points diacritiques de l'écriture arabe, ainsi que les voyelles. C'est comme s'il essayait de faire taire' la calligraphie pour mieux faire parler la peinture. Dans ses oeuvres, il n'est possible de lire de droite à gauche, ni de gauche à droite, il n'est plus possible de lire tout simplement, parce qu'il n'y a plus d'écriture. Mais «pour que parle la peinture, il faut bien que l'oeure signifie précisément", écrivait Abdelkbir Khatabi. Et celui quiprend le temps de voir le temps, de «voir le voir» de Daifallah à travers ses peintures, se rendra vite compte qu'il n'échappe pas, pour autant, à l'emprise du patrimoine et de la tradition. Et, lorsque même il s'en éloigne, sa peinture n'en est que plus révélatrice de son identité.
C'est dans ce sens que nous sommes devant une peinture monogrammatique telle que celle-ci est définie par Abdelkbir Khatabi quand il écrit: «Une peinture est monogrammatique quand elle rend visible le dessin, l'entrelacs de son identité. Identité comme calligraphie des racines: l'art s'éveille dans la durée de ce retour». Et c'est ce retour qui nous paraît incontournable et indéfectible.
Bouaffia Abdelmajid
Source : Libération
Elle reste la principale caractéristique des arts islamiques; son utilisation comme élément décoratif et iconographique sur divers supports, aussi bien sur les objets que sur les moments, lui confère la valeur d'empreinte digitale de la culture arabo-musulmane.
Et, ce n'est pas un hasard, si aujourd'hui encore des peintres continuent à l'utiliser comme moyen d'expression picturale. Car la calligraphie arabe demeure leur particularité, et partant, le signe de leur appartenance à une culture donnée.
Les oeuvres de Zendroudi, de Wajih Nakhla, de Naja Mehdaoui, de Hariri, de Seddiqui...et de bien d'autres illustrent parfaitement cette tendance qu'on pourrait nommer de calligraphique, à l'instar du mouvement des lettristes occidentaux.
Cependant, à la différence des caractères de l'écriture latine, la calligraphie arabe n'est pas limitée à l'art du livre; par son importance religieuse, ses qualités esthétiques, et surtout sa plasticité, elle devient un élément plastique à part entière. Et c'est la raison pour laquelle elle est si convoitée encore de nos jours, par de jeunes peintres comme Noureddine Daifallah qui nous présente aujourd'hui ses oeuvres, fruit d'une recherche assidue sur l'écriture arabe.
Ce jeune artiste n'a pas résisté à la tentation d'explorer, à sa manière les possibilités d'un plasticien préoccupé par les problèmes plastiques contemporains; il a décidé de se démarquer de ses prédécesseurs par sa volonté de s'affirmer en tant que peintre vers la peinture. Ici le pinceau supplante le « Kalam » (l'instrument traditionnel des calligraphes), l'encre fait place à la peinture, la polychromie remplace la monochromie, la polysémie prend toute son importance.
Procédant par élimination, Daifallah commence par faire disparaître de son travail les points diacritiques de l'écriture arabe, ainsi que les voyelles. C'est comme s'il essayait de faire taire' la calligraphie pour mieux faire parler la peinture. Dans ses oeuvres, il n'est possible de lire de droite à gauche, ni de gauche à droite, il n'est plus possible de lire tout simplement, parce qu'il n'y a plus d'écriture. Mais «pour que parle la peinture, il faut bien que l'oeure signifie précisément", écrivait Abdelkbir Khatabi. Et celui quiprend le temps de voir le temps, de «voir le voir» de Daifallah à travers ses peintures, se rendra vite compte qu'il n'échappe pas, pour autant, à l'emprise du patrimoine et de la tradition. Et, lorsque même il s'en éloigne, sa peinture n'en est que plus révélatrice de son identité.
C'est dans ce sens que nous sommes devant une peinture monogrammatique telle que celle-ci est définie par Abdelkbir Khatabi quand il écrit: «Une peinture est monogrammatique quand elle rend visible le dessin, l'entrelacs de son identité. Identité comme calligraphie des racines: l'art s'éveille dans la durée de ce retour». Et c'est ce retour qui nous paraît incontournable et indéfectible.
Bouaffia Abdelmajid
Source : Libération
Partager cette article sur Facebook
Les articles publiés sur le webzine Casafree.com sont sous copyright Casafree.com et nos agences de presse partenaires Panapress, PRN, et Xinhua sauf mention contraire. Toute reproduction même partielle des articles sans leur accord écrit est strictement interdite.
Article précédent: Dangereux déclin des oiseaux
Article suivant: Une dizaine de jeunes danseurs marocains entament une tournée nationale
Les commentaires appartiennent à leurs auteurs. Nous ne sommes pas responsables de leur contenu.
| Auteur | Conversation |
|---|






