Accueil Casafree : Ouarzazate : Les enfants des transhumants ont enfin leur école - Société - Webzine
Société : Ouarzazate : Les enfants des transhumants ont enfin leur école
L'enseignement des enfants des transhumants qui était autrefois un simple rêve, est devenu désormais, une réalité concrète, un acquis indéniable sur la voie de la généralisation de l'enseignement au Maroc et constitue dans le contexte actuel, un signe de bon augure pour cette catégorie sociale longtemps laissée pour compte.

Cette expérience est tout à fait nouvelle et comme dans chaque début, les handicaps sont pesants, mais la volonté de les aplanir reste indéfectible, notamment chez cette catégorie sociale des Transhumants.

L'initiative est pilote, ses fruits ne sont pas encore palpables, mais ses allures restent sereines et sa philosophie très prometteuse.

Ici, dans le versant sud du Haut-Atlas, la nature est sans pitié. L'Homme, à défaut de pouvoir la soumettre à ses caprices, s'est réconcilié avec, dans un mode de vie transhumant séculier. Le mouvement des transhumants envers et en provenance des cimes dépend des conditions atmosphériques. Leur unique boussole dans ces régions, reste les pâturages généreux pour le cheptel.

« C'est un mode de vie qu'on a hérité, cela fait longtemps que nous attendons une telle initiative. Une école pour nos enfants, reste la meilleure des choses qui peut nous arriver » , explique Moha, un transhumant quinquagénaire et membre de l'organisation pastorale M'goune ouest.

Dans ces coins du Maroc, tout se soumet aux ordres de cette majestueuse volonté de la nature. Et bien sûr, l'enseignement n'est pas des moindres.

L'école ici n'est pas comme sous d’autres cieux. En apparence, il ne s'agit que d'un humble pavillon blanc au milieu d'un désert mortel. C'est bien plus que cela. Les simples tentes se sont transformées en un repère incontournable. Le site devient désormais une place de simples rencontres, de règlement des différends, une salle de réunion dans le cadre de leur association, un dispensaire lors des campagnes sanitaires.

En somme, la communauté des transhumants l'a adoptée en tant qu'institution intrinsèque à ses us et coutumes. Le respect est de mise. Tout le monde se rappelle d'ailleurs, la prière accomplie le premier jour de l'école. C'était le pacte sacré qui allait lier la population à son école.

A chaque situation exceptionnelle des dispositifs particuliers, les emplois du temps, les cursus, les programmes, les méthodologies, la didactique et les jours des vacances, n'ont rien à voir avec l'école publique sédentaire.

Même les deux enseignants, éléments moteurs de cette expérience, ont été sélectionnés en fonction de critères requis : trilingue (amazihge, arabe et français), hardis et sobres et communicatifs.

"Nous sommes confrontés à plusieurs difficultés et notre mission est loin d'être celle d'un simple enseignant. La communication avec les transhumants nécessite une formation particulière » , explique Lahcen Belahcen, enseignant, qui se dit « disposé à poursuivre l'expérience au cas où les responsables mettent à profit certaines conditions incitatives » .

Dans les faits, l'enseignant est un agent de développement qui s'érige, ipso facto, en trait d’union entre les transhumants et le monde extérieur. N'est-il pas l'unique source du savoir. Dans ce contexte, certains spécialistes en sciences d'éducation proposent des enseignants d'un âge raisonnable et disposant d'une licence en sociologie rurale. La mission n'étant guère aisée pour un jeune de 22 ans.

Les initiateurs du projet sont optimistes. L'expérience étant perfectible, tous les problèmes auxquels elle sera confrontée sont d’ordre conjoncturel et donc résolubles au fur et à mesure que l'idée s'enracine dans les esprits.

Une panoplie de mesures est nécessaire, mais la cantine reste l'un des adjuvants essentiels pour mener à bien cette expérience. « Nous avons conçu, en partenariat avec la délégation d'e l’éducation nationale de la province de Ouarzazate et l'organisation pastorale des M'goune, une année scolaire répartie en deux modules, le premier s'étend du mois de juin à septembre et le deuxième commence vers le mois de janvier pour s'achever en mars » , explique Mohamed Houmymid, coordinateur du projet de la Conservation de la biodiversité par la Transhumance dans le versant sud du Haut-Atlas (CBHTA).

Etant l'une des plus importantes régions du Maroc du point de vue biodiversité, avec un écosystème parmi les moins dégradés dans le pourtour méditerranéen, le projet de conservation de la biodiversité ne pouvait négliger le rôle de l'enseignement des enfants des transhumants dans l'effet de sensibilisation.

D'ailleurs, les cursus élaborés par un comité ad-hoc ont essayé d'intégrer, autant que faire se peut, des notions relatives au respect de l'environnement.

Profitant dans une première étape à une trentaine d'élèves, cette expérience pilote ambitionne de s'étendre dans l'avenir aux 350 élèves de la région en âge de scolarisation.

Mais avant, il est nécessaire de s'arrêter sur pas mal d'entraves conjoncturelles liées notamment à la nouveauté du projet. « Le comportement des transhumants et leur départ précaire des sites et de façon individuelle, les retards, les absences, la régularité et la faiblesse du taux de filles parmi les élèves, sont autant de problèmes auxquels il faut s'attaquer » , fait remarquer Mohamed Lagzaouni, délégué de l'éducation nationale à Ouarzazate.

Pour lui, l'expérience mérite une approche professionnelle particulière, dans la mesure où elle s'insère dans l'esprit de l'Initiative Nationale de Développement Humain (INDH) et nous servira de modèle pour l'école rurale en général.

Perché sur un rocher surplombant le site de l'école, le jeune Saïd, qui se moque du tiers comme du quart, se demande si son père lui permettra un jour d'aller poursuivre ses études dans le collège du village le plus proche. Sans être capable d’apporter une réponse à ses soucis et à ses interrogations, le jeune transhumant garde néanmoins, le sourire sur un visage plein d’espoirs et de rêves.

Par Mustapha Elouizi

Source : MAP


Casafree.com le 23/9/2005 11:50:00
Les articles publiés sur le webzine Casafree.com sont sous copyright Casafree.com et nos agences de presse partenaires Panapress, PRN, et Xinhua sauf mention contraire. Toute reproduction même partielle des articles sans leur accord écrit est strictement interdite.
Article précédent: Après Rita, Stan : comment sont baptisés les cyclones
Article suivant: Dopée par internet, la contrefaçon de médicaments touche aussi les pays riches

Les commentaires appartiennent à leurs auteurs. Nous ne sommes pas responsables de leur contenu.
Auteur Conversation

inscription
Votre compte Casafree :

La météo des autres villes