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Mauritanie : Les jihadistes partagés entre colombes et kamikazes - Actualité Afrique - Webzine

Actualité Afrique : Mauritanie : Les jihadistes partagés entre colombes et kamikazes
mauritanie afrique carteLa dernière évolution de l'action terroriste en Mauritanie, marquée par l'introduction du mode "Kamikaze" que vient de connaître la Mauritanie, a suscité un vaste débat au sein de la classe politique et des analystes spécialistes de la question jihadiste et même au sein des groupes d'activistes jihadistes détenus dans la prison centrale de Nouakchott.

Ces derniers, ayant été stimulés par l'idée de l'ouverture possible ou "recherchée" d'un dialogue entre leur tendance et les autorités religieuses et politiques du pays, n'ont pas manqué, à partir de leurs geôles, de faire connaître leurs positions.


Certains se disent en faveur du dialogue et demandent, par conséquent, comme signe de bonnes intentions de la part du pouvoir, un assouplissement des conditions de détention. D'autres, plus radicaux ne veulent pas entendre parler de ces propos de "collabo", préférant la mort par les ceintures d'explosifs à l'ouverture d'un dialogue avec le pouvoir "impie, apostat et renégat" en place à Nouakchott.

Deux attitudes, diamétralement opposées, ne devraient en aucun cas influer sur la recherche d'un dialogue avec ces groupes de jeunes souvent emballés dans le tumulte d'une fausse ferveur nourrissant une haine viscérale de la civilisation occidentale et du système politique imprégné de cette civilisation de l'Etat laïc.

A leur point de vue, il convient de combattre jusqu'à l'instauration d'un émirat musulman, à l'instar de celui instauré autrefois par le prophète Mohamed et les califes "Rachidouns".


Les plus modérés accepteraient le dialogue

Certains jihadistes, qu'on pourrait dire de l'aile modérée, comme Taher Ould Biyé, ont lancé un appel aux autorités afin qu'elles arrêtent ce qu'ils ont appelé "les souffrances des salafistes dans les prisons de Nouakchott", estimant que ces sévisses sont à l'origine de l'exacerbation ayant marqué les violences terroristes qu'a connues récemment, la Mauritanie.

Le prisonnier salafiste Taher Ould Biyé et ses camarades estiment que tous les actes de violence perpétrés contre la Mauritanie depuis 2005, jusqu'à nos jours, de Lemgheitty(2005), jusqu'au Kamikaze de l'ambassade de France(2009), en passant par Ghllawouiya (2007), sont intervenus en représailles à l'emprisonnement des oulémas, ainsi que les mauvais traitements auxquels sont soumis les détenus. Les membres de ce groupe ont souligné que les prisonniers de la mouvance salafiste sont souvent détenus pendant de longues périodes. Dans certains cas, l'emprisonnement peut se perpétuer au-delà de la durée des peines encourues. Dans d'autres cas, les peines sont alourdies pour empêcher les détenus de retrouver leur liberté.

"Cette situation marquée par l'iniquité pousse la plupart des jeunes salafistes, souligne Taher, à opter pour la mort par des ceintures d'explosifs, au lieu de rester moisir en prison et mourir par la torture et les conditions de détention intenables".

Ould Biyé qui purge une peine de 8 ans de prison pour des faits liés à l'appartenance à une organisation terroriste, au faux et usage de faux, a voulu faire entendre clairement qu'il penche plutôt pour le dialogue.

"Le pays devra être gouverné par la sagesse afin d'éviter à ce que la situation n'atteigne des proportions incontrôlables", a-t- il dit. Il précise que "le problème de la violence terroriste en Mauritanie vient de commencer, ce qui fait que l'éradication du phénomène (terrorisme) est encore facile si les pouvoirs s'y mettent avec la volonté qu'il faut".

Taher aurait fait savoir qu'il est, comme bon nombre des détenus, convaincu de l'impérieuse nécessité d'éviter au pays le pire en lui épargnant une "guerre" qui ne le conduira qu'à plus de problèmes.

Les membres de ce groupe, apparemment, plus portés à un langage "diplomatique", n'hésitent pas à clamer que le nouveau président Mohamed Ould Abdel Aziz possède "suffisamment de qualités et de courage politique" pour cerner le problème de la violence terroriste et mettre un terme à la débâcle que connaît le pays.

A propos du dialogue recherché entre salafistes, intellectuels et oulémas du pays, cette tendance estime que ses membres ont, le plus souvent, fait montre de prédisposition à toute entente qui pourra conduire à l'ouverture de ce dialogue pour "sauver le pays et lui éviter d'aller dans une confrontation inutile".


Abou Ghatada ou l'aile dure

Pour le camp des "irréductibles" de l'activiste salafiste Amar Ould Mohamed Saleh, alias Abou Ghatada Annassiri, détenu à la prison centrale de Nouakchott depuis 2008, il n'est pas question de dialoguer avec ceux qu'il a appelé "les caisses à résonnance des autorités". Selon les membres de cette tendance, "seul le langage des ceintures d'explosifs et des voitures piégées pourrait prévaloir face aux gouvernements reniant la loi d'Allah (Chariâ).

Dans un élan combatif, ce groupe tient à faire savoir, à qui voudra l'entendre, que "les arrestations et les tueries ne feront que raffermir notre détermination".

Abou Ghatada n'hésite pas à s'attaquer au camp salafiste en faveur du dialogue, qualifiant ses membres de "collabo", de " perroquets" du système en place, promettant qu'il n'y aura ni sécurité, ni stabilité tant que la chariâ (loi islamique) n'est pas appliquée. Toutefois, le chef de file de cette tendance ne passe pas sous silence le cadre de détention dans lequel il se trouve avec ses codétenus.

"Nos conditions de santé sont devenues précaires depuis que nous sommes en prison, mais cela ne nous amènera pas à renier nos principes pour lesquels nous-nous sommes sacrifiés", a-t-il dit.

Pour la plupart des membres de ce groupe, il n'est pas question d'aller dans un dialogue avec "ceux qui se nourrissent des miettes laissées par les gouvernants".

Il faudrait peut-être prendre en compte la spécificité de la Mauritanie qui n'a commencé à connaître les actes terroristes qu'à partir de 2005.

La solution sécuritaire devra être menée conjointement avec le dialogue, seul moyen de connaître le mieux les groupuscules jihadistes agissant pour le compte d'Al-Qaïda.

Par Ely Ould Maghlah
Xinhua


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Casafree.com le 27/8/2009 13:18:00
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