Actualité Mondiale : Jordanie : La guerre des viandes rouges n'aura pas lieu
La société civile a lancé une pierre dans la mare et la presse, même la plus sérieuse, s'en est saisie pour en faire le sujet-phare de l'été: la campagne de boycott des viandes rouges en Jordanie ranime les passions et se transforme en un thème de débat politique, dans lequel le gouvernement a choisi son camp."Nous saluons l'appel au boycott lancé par l'association (nationale de protection du consommateur).
Il s'agit d'une action positive, en ce sens qu'il faut mettre l'accent sur le rôle du consommateur et sa prise de conscience", a lancé le ministre jordanien de l'Industrie et du Commerce Amer al-Hadidi, en réaction à ce mouvement qui a réussi à fédérer presque tout le monde.
Au départ, la campagne, lancée le 15 août, a démarré dans le désintérêt général. Mais, petit à petit, les événements ont pris une tournure inespérée pour les initiateurs avec l'implication des hommes politique, des syndicats et de chroniqueurs écoutés, qui se sont érigés en porte-voix du mouvement, d'autant plus que les Jordaniens, à l'instar des autres habitants de la planète Terre, subissent, eux aussi, les conséquences de la crise économique mondiale.
Nombreux sont les citoyens, toutes couches sociales confondues, à reconnaître que les prix des viandes rouges sont trop élevés, voire inaccessibles pour une bonne partie des foyers. Le ministre de l'Industrie et du Commerce a été du même avis lors d'une conférence de presse tenue en milieu de semaine, imputant cette situation à la position de monopole d'une seule société sur ce secteur.
A l'origine de cette action de ras-le-bol, il y avait des rumeurs persistantes sur un renchérissement des prix des viandes rouges à l'occasion du mois de jeûne. On prédisait que la viande bovine dite "baladi" (locale) allait se vendre, durant cette période, à 11 dinars le kilogramme (1 JD = 1 euro). Une perspective qui donnait des frissons aux familles pour lesquelles cette denrée est essentielle dans les plats du mois sacré.
Chiffres contradictoires :
Ce sont justement les deux objectifs fixés par l'association nationale jordanienne de protection du consommateur: freiner la flambée et briser le monopole. En dressant le bilan des premiers jours de la campagne, qui jouit désormais du soutien d'un bon nombre d'associations de la société civile, les initiateurs affirment que les ventes des viandes rouges ont baissé d'entre 40 et 45 pc sur les marchés de la capitale Amman, contre une hausse de 20 pc de celles du poisson et du poulet.
Mission accomplie jusque-là pour la campagne de boycott. Il est vrai que les prix n'ont pas connu de baisse, mais ils sont du moins restés en l'état (8-9 dinars) dans les grandes surfaces et chez les boucheries du coin qui, apparemment touchées par la dégringolade de leurs chiffres d'affaires, n'hésitent pas à proposer, à des clients réticents, des promotions sur toutes les gammes de viande, aussi bien locales qu'importées.
Selon des constations sur place, il y a une tendance chez les citoyens à commander, dans les grandes surfaces, du poisson et du poulet, plutôt que les viandes rouges. Simple coïncidence ou une adhésion à la campagne de boycott ? Les professionnels du secteur jurent, dans des déclarations à la presse, que leurs recettes n'ont été nullement affectées, n'accordant aucun crédit aux chiffres annoncés par l'association.
Le cap est maintenant mis sur la question du monopole. Là aussi, le gouvernement donne raison aux promoteurs de la campagne. M. al-Hadidi souligne que son département est disposé "à fournir des facilités aux investisseurs désireux d'importer des viandes pour les marchés du Royaume", assurant que le gouvernement envisage de devenir "un acteur central" dans ce secteur.
Voilà qui peut rassurer et les consommateurs et leurs défenseurs, qui estiment à 6 dinars seulement le prix de la viande locale et à 3 celle importée. Entre la réalité du marché et les estimations de l'association, il y a tout un fossé. Et, selon toute vraisemblance, les professionnels ne sont pas dans la logique de révision de leur marge de bénéfice, ce qui promet encore plus de suspense et, probablement, un engagement plus net de la part des pouvoirs publics.
Revigorée par les chiffres encourageants de la campagne, le soutien populaire grandissant et la compréhension des milieux politique, syndical et intellectuel, l'association de protection du consommateur, qui a prévu seulement une semaine de boycott, a décidé de mettre les bouchées double en maintenant la pression durant tout le ramadan, qui commence samedi en Jordanie.
Par Jamal Chibli
MAP
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