Société : Etat des lieux sur les ONG rurales
· Une étude auprès de 1.027 associations
· Jeunes ONG, présidents bien formés
· Beaucoup de préjugés, beaucoup de précarité aussi
FEMME, environnement, développement agricole et même club de VTT. Les ONG rurales, majoritairement jeunes, ne chôment pas et font parfois tout à partir de rien. Deux domaines restent une nécessité pour nos campagnes: l’approvisionnement en eau et l’alphabétisation, où opèrent plus de 50% des ONG ayant participé à l’étude du secrétariat d’Etat chargé du Développement rural.
Aujourd’hui et demain, pour la première fois, plus de 200 d’entre elles se réunissent à Meknès, à l’instigation du secrétariat d’Etat chargé du Développement rural (cf. L’Economiste du jeudi 25 août 2005,www.leconomiste.com). Inédit.
Pour mieux connaître la «ruralité marocaine», «le rôle de ces ONG dans le développement «, et les réseaux à installer, une phase pas encore atteinte.
Le secrétariat d’Etat chargé du Développement rural est à l’origine d’une enquête auprès de 1.027 ONG, dont les résultats ont été publiés en juin 2005. A noter que l’étude n’est pas encore rendue publique.
Toutes ces associations sont jeunes. Plus de la moitié (55%) ont été créées entre 2000 et 2004 et le reste constitué à partir des années 90. En revanche, et ce n’est pas négligeable, plus des trois quarts d’entre elles ont plus de 100 adhérents. Cela montre, explique l’enquête, le degré de capacité de mobiliser les différentes catégories des ruraux.
Attention, ces associations ne sont, pour la plupart, pas des antennes locales: leur siège est implanté dans le rural, elles émanent vraiment de l’initiative locale: un grand point fort pour l’exploitation d’un réseau représentatif!
Autre surprise agréable: plus de quatre présidents d’ONG sur dix ont un niveau universitaire, moins de trois sur dix ont un niveau secondaire et deux personnes ont le niveau primaire: le préjugé qui circule chez les «urbains», faisant état d’une corrélation très forte entre l’analphabétisme et le rural, est terrassé. Ces mêmes présidents ont, plus d’une fois sur deux, entre 40 et 60 ans, et moins d’un tiers ont moins de 40 ans.
· Finances: Là où ça fait mal
Quand il s’agit de sous, les ONG rurales sont moins brillantes, voire pas du tout: seulement un quart d’entre elles ont déclaré avoir un compte bancaire, 8% disent ne pas en avoir et… 67% n’ont pas donné de réponse! Quant au recours au commissariat aux comptes, prévu par la réglementation, rappelle l’enquête, seuls 8% l’utilisent, 22% n’ont jamais demandé un commissariat aux comptes et…70% n’ont pas donné de réponse! Et pourtant, vous connaissez la chanson des vertus d’une bonne gestion de trésorerie.
Environ quatre ONG sur dix sont soutenues financièrement par le secteur public tandis que seulement plus d’une sur dix compte sur ses propres ressources. Le coût d’un projet moyen est évalué à 110.000 DH dans lequel la population participe à hauteur de 60% en espèces et 38% en nature quand elle est partie prenante, indique l’étude.
· Des inédits
Voilà une ébauche précieuse sur l’état des ONG dans le rural… bien que la méthodologie ne soit pas tout à fait rigoureuse.
Elle démonte beaucoup de préjugés «urbains». Elle montre que l’initiative est là, peut-être encore fragile, mais que l’envie de s’en sortir prime sur le savoir-faire qui, lui, finit par s’acquérir.
Le forum qui commence aujourd’hui est une expérience inédite. Le ministre du Développement social, Abderrahim Harouchi, en avait tenté une autre: des ateliers de discussions dans des bidonvilles où il a écouté les habitants s’exprimer sur leur situation et dire ce qu’il leur faut.
Méthodologie
L’ÉTUDE a touché 1.027 ONG rurales. En fait, pour mener cette étude, la DERD (direction de l’enseignement, de la recherche et du développement) a élaboré un questionnaire qui porte sur l’identification de l’ONG, sa crédibilité, ses domaines d’activité, et ses prévisions.
Le questionnaire a par la suite été transmis en mai 2004 aux DPA (direction provinciale de l’agriculture) et ORMVA (Office régional de mise en valeur agricole), pour collecter l’information auprès des ONG en rapport avec leurs activités en milieu rural.
En fait, celles qui ont répondu sont celles qui ont permis d’avoir ces résultats. Il ne s’agit donc pas d’un échantillon représentatif comme nous pourrions le penser. Les ONG de la région de Marrakech ont été les plus assidues puisqu’elles représentent 35% des ONG qui ont participé à ce travail. Par contre, pour la région de Rabat-Salé, seules 15 ONG se sont prêtées au jeu.
Peu de gens s’impliquent
PLUS de 30.000 associations existent au Maroc. C’est l’estimation donnée un peu partout (ministère du Développement social, ministère de l’Agriculture ainsi que le dénombrement fait par l’Usaid il y a quelques années). Près de 85.000 personnes travaillent dans la fameuse «société civile», une notion fuyante. Donc près de 1,5% de la population active. Insuffisant. Dans l’étude du secrétariat d’Etat chargé du Développement rural, la comparaison avec des pays comme l’Egypte et l’Espagne laisse coi: en Egypte, 2,8% de la population active est engagée dans des ONG, 4,3% des Espagnols, 8% des Français, et presque 15% des Néerlandais, tous actifs, sont engagés dans l’associatif…
Pis, la «portée économique» de ce mouvement, né dans les années 90, reste très faible. Il dépense moins de trois milliards de DH, soit environ 0,8% du PNB.
Mouna KADIRI
Source : L'Economiste
· Jeunes ONG, présidents bien formés
· Beaucoup de préjugés, beaucoup de précarité aussi
FEMME, environnement, développement agricole et même club de VTT. Les ONG rurales, majoritairement jeunes, ne chôment pas et font parfois tout à partir de rien. Deux domaines restent une nécessité pour nos campagnes: l’approvisionnement en eau et l’alphabétisation, où opèrent plus de 50% des ONG ayant participé à l’étude du secrétariat d’Etat chargé du Développement rural.
Aujourd’hui et demain, pour la première fois, plus de 200 d’entre elles se réunissent à Meknès, à l’instigation du secrétariat d’Etat chargé du Développement rural (cf. L’Economiste du jeudi 25 août 2005,www.leconomiste.com). Inédit.
Pour mieux connaître la «ruralité marocaine», «le rôle de ces ONG dans le développement «, et les réseaux à installer, une phase pas encore atteinte.
Le secrétariat d’Etat chargé du Développement rural est à l’origine d’une enquête auprès de 1.027 ONG, dont les résultats ont été publiés en juin 2005. A noter que l’étude n’est pas encore rendue publique.
Toutes ces associations sont jeunes. Plus de la moitié (55%) ont été créées entre 2000 et 2004 et le reste constitué à partir des années 90. En revanche, et ce n’est pas négligeable, plus des trois quarts d’entre elles ont plus de 100 adhérents. Cela montre, explique l’enquête, le degré de capacité de mobiliser les différentes catégories des ruraux.
Attention, ces associations ne sont, pour la plupart, pas des antennes locales: leur siège est implanté dans le rural, elles émanent vraiment de l’initiative locale: un grand point fort pour l’exploitation d’un réseau représentatif!
Autre surprise agréable: plus de quatre présidents d’ONG sur dix ont un niveau universitaire, moins de trois sur dix ont un niveau secondaire et deux personnes ont le niveau primaire: le préjugé qui circule chez les «urbains», faisant état d’une corrélation très forte entre l’analphabétisme et le rural, est terrassé. Ces mêmes présidents ont, plus d’une fois sur deux, entre 40 et 60 ans, et moins d’un tiers ont moins de 40 ans.
· Finances: Là où ça fait mal
Quand il s’agit de sous, les ONG rurales sont moins brillantes, voire pas du tout: seulement un quart d’entre elles ont déclaré avoir un compte bancaire, 8% disent ne pas en avoir et… 67% n’ont pas donné de réponse! Quant au recours au commissariat aux comptes, prévu par la réglementation, rappelle l’enquête, seuls 8% l’utilisent, 22% n’ont jamais demandé un commissariat aux comptes et…70% n’ont pas donné de réponse! Et pourtant, vous connaissez la chanson des vertus d’une bonne gestion de trésorerie.
Environ quatre ONG sur dix sont soutenues financièrement par le secteur public tandis que seulement plus d’une sur dix compte sur ses propres ressources. Le coût d’un projet moyen est évalué à 110.000 DH dans lequel la population participe à hauteur de 60% en espèces et 38% en nature quand elle est partie prenante, indique l’étude.
· Des inédits
Voilà une ébauche précieuse sur l’état des ONG dans le rural… bien que la méthodologie ne soit pas tout à fait rigoureuse.
Elle démonte beaucoup de préjugés «urbains». Elle montre que l’initiative est là, peut-être encore fragile, mais que l’envie de s’en sortir prime sur le savoir-faire qui, lui, finit par s’acquérir.
Le forum qui commence aujourd’hui est une expérience inédite. Le ministre du Développement social, Abderrahim Harouchi, en avait tenté une autre: des ateliers de discussions dans des bidonvilles où il a écouté les habitants s’exprimer sur leur situation et dire ce qu’il leur faut.
Méthodologie
L’ÉTUDE a touché 1.027 ONG rurales. En fait, pour mener cette étude, la DERD (direction de l’enseignement, de la recherche et du développement) a élaboré un questionnaire qui porte sur l’identification de l’ONG, sa crédibilité, ses domaines d’activité, et ses prévisions.
Le questionnaire a par la suite été transmis en mai 2004 aux DPA (direction provinciale de l’agriculture) et ORMVA (Office régional de mise en valeur agricole), pour collecter l’information auprès des ONG en rapport avec leurs activités en milieu rural.
En fait, celles qui ont répondu sont celles qui ont permis d’avoir ces résultats. Il ne s’agit donc pas d’un échantillon représentatif comme nous pourrions le penser. Les ONG de la région de Marrakech ont été les plus assidues puisqu’elles représentent 35% des ONG qui ont participé à ce travail. Par contre, pour la région de Rabat-Salé, seules 15 ONG se sont prêtées au jeu.
Peu de gens s’impliquent
PLUS de 30.000 associations existent au Maroc. C’est l’estimation donnée un peu partout (ministère du Développement social, ministère de l’Agriculture ainsi que le dénombrement fait par l’Usaid il y a quelques années). Près de 85.000 personnes travaillent dans la fameuse «société civile», une notion fuyante. Donc près de 1,5% de la population active. Insuffisant. Dans l’étude du secrétariat d’Etat chargé du Développement rural, la comparaison avec des pays comme l’Egypte et l’Espagne laisse coi: en Egypte, 2,8% de la population active est engagée dans des ONG, 4,3% des Espagnols, 8% des Français, et presque 15% des Néerlandais, tous actifs, sont engagés dans l’associatif…
Pis, la «portée économique» de ce mouvement, né dans les années 90, reste très faible. Il dépense moins de trois milliards de DH, soit environ 0,8% du PNB.
Mouna KADIRI
Source : L'Economiste
Casafree.com le 29/8/2005 14:40:00
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