Santé : Le Zimbabwe tire des leçons douloureuses de l'épidémie de choléra
Les autorités zimbabwéennes ont tiré des leçons douloureuses de l'épidémie de choléra qui a ravagé le pays depuis près d'un an, faisant au moins 4 287 morts et mutilant de nombreuses autres personnes.Le plus grand enseignement de cette épidémie a été qu'il fallait toujours être prêt à faire face à une telle épidémie, puisque le choléra, endémique au Zimbabwe, frappe presque tous les ans.
La deuxième leçon tirée par les autorités zimbabwéennes est qu'il fallait toujours veiller au bon état des infrastructures sociales, et qu'une absence de réaction adéquate pour contenir une épidémie pouvait facilement être récupérée politiquement pour alimenter une polémique sur les failles de la gouvernance.
La troisième leçon est qu'il est plus facile et moins cher de prévenir une épidémie que de la contenir. Le coût réel de la lutte contre cette épidémie n'est pas encore connu, si ce n'est en termes de vies humaines perdues, de perturbation des activités sociales et d'éducation, ou de perte de sources de revenus.
Enfin, lorsqu'un problème apparaît, mieux vaut sonner l'alarme que de prétendre que tout est sous contrôle.
Le gouvernement a déclaré officiellement la fin de l'épidémie de choléra, et n'a pas tardé à prendre des mesures préventives en équipant les dispensaires de médicaments, au cas où le pays connaîtrait un nouveau foyer de maladie, mais aussi en veillant au maintien de la vigilance.
Si les cas de choléra sont généralement les plus nombreux ( tout en restant gérables) lors de la saison des pluies, la récente épidémie a frappé le Zimbabwe au coeur de la saison sèche, en août, et s'est prolongée pendant près d'un an.
A l'origine, les inquiétudes de certains médecins sur une possible contamination des eaux à Harare avaient été rejetées par les autorités, jusqu'à ce que le problème devienne manifestement trop important pour se contenter d'espérer sa disparition. Le temps pour les autorités de reconnaître la gravité de la situation, celle-ci avait échappé à tout contrôle et le choléra se propageait à grande vitesse dans le pays, exigeant une intervention de la communauté internationale.
La maladie s'était déclarée dans le quartier dortoir de Chitungwiza à Harare pour s'étendre rapidement à 55 des 62 districts du pays, le gouvernement étant incapable de fournir suffisamment de médicaments et de soutiens logistiques, ayant atteint ses limites en termes de moyens financiers, de ressources humaines et de capacités logistiques.
Le ministre de la Santé et de l'Enfance Henry Madzorera a déclaré mercredi que le pays avait désormais surmonté la maladie et pouvait se concentrer sur le réapprovisionnement des dispensaires de district pour parer à une nouvelle épidémie.
Les visiteurs potentiels ont également évité le Zimbabwe pendant l'épidémie, craignant de contracter la maladie hydrique. Une campagne publique de grande ampleur pour prévenir les étrangers que le danger est écarté doit maintenant être mise en oeuvre afin de les rassurer et de les faire revenir, en particulier en cette période ou le gouvernement d'union nationale cherche à redorer le blason du pays.
Le gouvernement maintiendra sa vigilance afin de détecter et de prendre en charge rapidement tout nouveau foyer d'infection, a déclaré M. Madzorera. La fin de l'épidémie est officiellement déclarée, un seul cas ayant été signalé ce mois-ci, le 3 juillet, dans le quartier très peuplé de Budiriro à Harare. Le pays espère maintenant observer une reprise des visites de touristes et d'investisseurs potentiels.
La baisse du nombre de décès et de nouveaux cas présumés a commencé à la nouvelle année, l'Organisation mondiale de la santé recommandant de concentrer les ressources disponibles sur les quelques zones où des cas se déclaraient encore. Elle avait également appelé à surveiller attentivement la situation épidémiologique et à maintenir en place les mesures de contrôle déjà en vigueur.
L'OMS et ses partenaires du réseau d'alerte et de réaction aux épidémies (GOARN) ont assisté le ministère de la Santé et de la Protection de l'enfance dans ses efforts pour maîtriser le choléra dans le pays.
Les partenaires du GOARN comprennent le Centre international de recherche sur les diarrhées (International Centre for Diarrhoeal Disease Research) au Bangladesh, l'Institut Burnet en Australie, l'école londonienne d'hygiène et de médecine tropicale (London School of Hygiene and Tropical Medicine) ainsi que l'agence de protection sanitaire (HPA) au Royaume-Uni, les Centers for Disease Control and Prevention aux Etats-Unis, ou encore le Conseil national de la santé en Suède.
Y figurent également des organisations non-gouvernementales telles que Médecins sans frontières et la Croix-Rouge, qui ont également aidé le gouvernement zimbabwéen a traiter les patients dans le pays.
La communauté des donateurs et plusieurs autres pays ont également aidé le Zimbabwe en lui fournissant des produits de décontamination de l'eau et des médicaments contre la maladie. Une campagne de prévention massive au niveau des communautés, menée par le Fonds des Nations unies pour l'Enfance (UNICEF) et le ministère de la Santé et de la Protection de l'Enfance, a également permis d'assurer une meilleure prise de conscience des questions d'hygiène par la population.
L'UNICEF a aussi fourni de l'eau potable et foré des puits dans les régions affectées, tandis que la fin de la saison des pluies contribuait également à la baisse du nombre de nouveaux cas, puisque l'exposition à l'eau contaminée était moins fréquente.
Le gouvernement et ses partenaires continuent de former davantage de personnel de santé à la veille sanitaire afin qu'ils soient capables d'identifier les maladies, de donner l'alerte et de traiter les infections au niveau local.
"Le pays a connu entre août 2008 et juin 2009 sa plus grave épidémie de choléra, mais nous sommes parvenus à contenir la maladie, qui a désormais pris fin", a déclaré M. Madzorera au journal The Herald.
"Avec la fin de la pandémie, tous les districts, les provinces et les villes vont pouvoir évaluer les séquelles de la maladie, leurs stratégies de réponse et leurs plans pour parer à de nouvelles épidémies, qui ont de bonnes chances de se produire à l'avenir étant donné les problèmes qui persistent dans nos systèmes d'approvisionnement en eau et de traitement des déchets", a-t-il dit.
"Nous sommes mieux préparés aujourd'hui que nous ne l'étions il y a un an. Notre système sanitaire est plus fort qu'il y a un an. D'une manière générale, nous réalisons des progrès face à l'éventualité d'une nouvelle épidémie (..) et le pays est mieux armé pour y faire face", a-t-il conclu.
Xinhua
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