Actualité Afrique : Kenya : La menace de la CPI divise le gouvernement kenyan
L'option de poursuivre des suspects des violences post-électorales au Kenya par la cour pénale internationale (CPI) divise le gouvernement kenyan qui mène une course effrénée pour mettre sur place un tribunal local."Si une procédure judiciaire n'est pas entamée et si le Kenya échoue (création du tribunal local), nous le ferons'', avait menacé, début juillet, le procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo après la réception de l'enveloppe scellée contenant les noms de présumés architectes de ces violences et des pièces justificatives établies par le juge kenyan Philip Waki ayant dirigé une commission d'enquête.
Une première tentative du gouvernement pour la création de ce tribunal spécial, recommandé par la commission d'enquête, avait été rejetée, en février dernier, par le parlement.
L'amendement de la constitution pour y insérer le projet de ce tribunal nécessitant une majorité des deux tiers (145 sur 222) mais seuls 101 députés avaient voté pour et 90 contre.
Pourtant, la coalition au pouvoir est soutenue par 200 parlementaires mais des membres des deux camps (parti de l'unité nationale-PNU présidentiel et mouvement démocratique orange-ODM ancien opposition) y compris des ministres et des vice-ministres ont rejeté l'option locale.
Le bureau de Moreno-Ocampo procède depuis février 2008 à "l'analyse préliminaire'' sur ces violences et le gouvernement kenyan est soucieux de voir les responsables répondre de leurs actes afin d'empêcher que de tels événements se reproduisent.
Au cas où les procédures nationales (enquêtes, poursuites et mesures prises pour protéger les témoins) n'aboutiraient pas, les autorités kenyanes renverront la situation à la CPI dans un délai d'un an, a précisé le procureur.
Un cabinet de "crise'', réuni mardi, n'a pu "convenir de la voie à suivre'' ni choisir entre le tribunal local ou l'international reportant à lundi prochain le réexamen de ce "projet totalement différent comportant des garanties suffisantes dans le but de traduire en justice les suspects pour mettre fin à l'impunité'', selon le ministre de la justice Mutula Kilonzo.
"Cette prise en main'' de la liste par la CPI a ravivé les débats politiciens entre adversaires et partisans. Des parlementaires contradicteurs du tribunal local ont lancé une campagne de "charme'' pour réclamer de la CPI d'engager aussi des poursuites contre ceux ayant manipulé les résultats des élections, en décembre 2007, mettant ainsi le pays à feu et à sang avec 1.133 tués et plus de 350.000 déplacés dont plusieurs milliers vivent toujours dans des camps de fortune.
La CPI enquête sur les génocides, les crimes de guerre et contre l'humanité mais dans le scénario kenyan c'étaient des crimes contres des concitoyens que la justice du pays est à même de résoudre, a soutenu le ministre de la justice pour défendre l'option d'un tribunal local.
Le pays dispose d'un gouvernement, d'un parlement et d'un système judiciaire capables de se charger des problèmes l'affectant, entérine le ministre des affaires étrangères Moses Wetangula.
Un avis non partagé par les supporteurs de la cour internationale qui avancent le risque de "manipulation du tribunal local'' permettant ainsi aux politiciens, accusés d'être des instigateurs de ces violences, d'échapper à la justice.
"Le manque de confiance dans les institutions judiciaires'' du pays, qui n'ont pas encore résolu les scandales politico-financiers de plusieurs centaines de millions de dollars (NDLR Goldenberg et Anglo leasing), a créé la suspicion quant à l'engagement du gouvernement à juger les personnes impliquées, ont estimé les défenseurs de La Haye.
Des membres des deux partis de la coalition au pouvoir (PNU et ODM) envisagent la possibilité d'instituer une "division ou une chambre spéciale'' au sein de la cour suprême sans passer par l'amendement de la constitution pour y inclure le tribunal local de crainte de son rejet une nouvelle fois.
Cet organe sera conforme aux standards internationaux et au statut de Rome créant la CPI en y incorporant des experts étrangers notamment les investigateurs, procureurs et juges, a affirmé le ministre de la justice.
Une position appuyée par la commission des droits de l'homme (KNHCR) qui a appelé à "laver le linge sale localement'' arguant que cela prendrait plusieurs années pour la mise en examen et l'inculpation par la CPI des organisateurs de ces violences.
Par Khalid Abouchoukri
MAP
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