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Actualité Maroc : Construction anarchique et prolifération de l'habitat non réglementaire
Les drames de Fès interpellent tout le monde

Les derniers effondrements en date, d'une mosquée et d'une maison à trois niveaux à la médina de la capitale spirituelle, ont bel et bien fait des morts et des blessés. Ces catastrophes relancent le débat sur les mauvaises conditions d'habitat et le sous-équipement d'un grand nombre de quartiers.

La ville marocaine, depuis plusieurs décennies, subit un accroissement d'habitat insalubre multiforme. Ce phénomène, dû aux effets conjugués de la poussée démographique et de l'exode rural, s'est accompagné de mutations socio-économiques et culturelles profondes, imposant des changements radicaux dans l'organisation sociale et spatiale des agglomérations.

Cela s'est traduit par le développement de noyaux d'habitat non réglementaire, construits sans plan d'ensemble, dépourvus de toute infrastructure de base et de tout équipement socioculturel, constituant ainsi de larges secteurs d'habitat insalubre mettant en péril la sécurité et la santé publiques.

Aujourd'hui, les drames de Fès donnent à réfléchir sur l'importance des dangers de la construction anarchique et de la prolifération de l'habitat non-réglementaire. Plus de 760.000 familles, soit 4 millions de citoyens, souffrent de l'habitat insalubre.

De même, une famille sur cinq en milieu urbain vit dans une situation similaire. Quelque 230.000 ménages vivent dans des bidonvilles au Maroc, selon le ministère chargé de l'Habitat et de l'Urbanisme. Cette situation a entraîné une détérioration du tissu urbain et porté préjudice à l'harmonie du bâti et à l'esthétique urbaine des villes.

Plusieurs monographies de quartiers informels dans les villes de Tanger, Salé, Settat, Fès, illustrent une analyse de la question de la spéculation immobilière, devenue un élément clé dans la dynamique des villes ayant généré de nouveaux rapports de pouvoir et facilité l'éclosion de nouvelles couches sociales. C'est pourquoi, le gouvernement a été appelé à revoir l'ensemble des méthodes et moyens de production de l'habitat, à combattre les constructions clandestines et de restructurer le tissu urbain non organisé.

Dans ce sens, Taoufiq Hjira, ministre délégué au Logement et à l'Urbanisme avait expliqué que le gouvernement oeuvrera à atteindre à moyen terme 100.000 unités d'habitat social chaque année. Pour y arriver, le programme "villes sans bidonvilles" vise à améliorer les conditions d'habitat de 106.500 ménages, dont 70.000 résidant dans des bidonvilles. Ce programme, qui bénéficiera à 212.320 ménages, vise à l'horizon 2010 la résorption de l'ensemble des bidonvilles en milieu urbain (1.000 bidonvilles), répartis dans 70 villes dont 15 concentrent près de 70 % de la population bidonvilloise (Casablanca et périphérie, axe Rabat-Salé-Témara et Agadir ). Une enveloppe de 11,23 milliards de DH, dont 3,575 milliards de subventions de l'Etat, a été réservée à la réalisation de ce projet.

Dans cette optique, une convention vient d'être signée en faveur de la capitale du Sud Agadir, qui sera déclarée "ville sans bidonvilles" à l'horizon 2007. S'étalant sur 4 ans, il sera procédé à la réalisation d'un important programme intégré, portant sur 19.484 unités sur une superficie de 935 ha, pour un coût total de 2,5 milliards DH. Ces unités concernent 7.011 lots destinés à l'habitat économique, plusieurs lots pour la mise en place d'équipements socio-économiques, 60 lots de terrain réservés au secteur privé pour la promotion de l'habitat social consistant en 30.000 logements, ainsi que sur 12.413 lots destinés à la résorption de 64 bidonvilles qui comportent 10.763 baraques sur une superficie de 115 ha.

La convention signée en faveur de la région d'Agadir, fait suite à huit autres contrats signés avec Rabat, Salé, Meknès, Kénitra, Mohammédia, Chellalalat, Fès et Béni Khlef, entre juillet et octobre 2004. D'autres contrats sont en cours de finalisation avec les partenaires locaux de Marrakech, Larache, El Jadida et Sidi Bennour. La mégapole Casablanca sera probablement la dernière à bénéficier de ce programme, car, exceptées les communes rurales avoisinantes, elle compte à elle seule, 370 groupements des bidonvilles abritant 53.915 logements, soit 7,7 % du parc total des logements urbains de la capitale économique du Royaume.

En dépit de tous ces efforts consentis par les différents intervenants dans le domaine de l'habitat, la situation reste préoccupante, d'autant plus que des milliers de personnes vivent encore dans des lieux qui ne disposent d'aucune infrastructure nécessaire. Pauvreté, manque d'hygiène, maladies, analphabétisme, insécurité et délinquance se mêlent pour former un quotidien de vie amer. Au lieu que l'habitat anarchique et l'habitat insalubre soient maîtrisés, ils n'ont fait que proliférer du fait du non respect des règlements et des normes, sous différents prétextes et justifications inconsistantes.

El Mahjoub Rouane

Source : Le Matin

Casafree.com le 5/12/2004 3:01:48
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