Economie : Le Brésil en Afrique pour nouer des partenariats
Le Brésil organise pour la première fois un forum sur l'agro-business afin de mieux nouer des partenariats et mieux aborder le marché africain. Une vingtaine d'entreprises de l'industrie alimentaire et des équipements exposent leurs produits pendant deux jours au Sénégal. Elles se rendront ensuite au Nigéria et en Guinée équatoriale. Alessandro Texeira, directeur de l'Agence brésilienne de promotion des exportations et des investissements (Apex-Brasil) et président de l'Association mondiale des agences de promotion d'investissements (WAIPA), revient sur les raisons de cette exposition.
Xinhua : Pourquoi cet intérêt du Brésil pour l'Afrique?
Alessandro Texeira : La relation entre le Brésil et l'Afrique est chaque année de plus en plus importante. Depuis son accession au pouvoir, le président Lula Da Silva a changé la relation commerciale (avec l'Afrique): avant nous étions concentrés sur les Etats-Unis et l'Europe. Le président Lula a pris de nouvelles orientations pour diversifier les marchés et les partenaires commerciaux du Brésil. Depuis 2003, l'Afrique est chaque année plus importante: ça n'est pas seulement la taille de ses marchés que nous trouvons intéressant, mais la proximité culturelle avec le Brésil. L'Afrique subsaharienne, l'Afrique du Sud, l'Afrique de l'Est, etc., sont aussi très importantes pour nous.
Xinhua: De 2003 à 2008, les flux commerciaux entre le Brésil et l'Afrique a atteint les +324%. A quoi ce phénomène est-il lié?
A. T. : Ce phénomène est lié à la fois à l'orientation politique de l'Afrique vers le Brésil et à celle du Brésil vers l'Afrique. Nous pensons vraiment que l'Afrique est un partenaire, et pas seulement un client, car beaucoup de problèmes africains sont similaires à ceux que le Brésil a surmontés. Lorsque l'Afrique dit qu'elle doit développer son agriculture, nous constatons que le Brésil avait la même préoccupation (il y a quelques années, ndlr). Ce phénomène émane aussi de la volonté du Président Lula d'organiser un "rendez-vous" d'entreprises africaines avec des firmes brésiliennes, pour montrer aux entreprises la technologie brésilienne. Nous ne sommes pas ici (en Afrique, ndlr) pour seulement vendre, mais pour faire un partenariat avec des entreprises africaines, pour donner et échanger des technologies afin d'aider l'Afrique.
Xinhua: A observer ces flux commerciaux de plus près, on s'aperçoit que ces échanges sont déséquilibrés: le Brésil exporte massivement en Afrique, tandis que les exportations des pays africains vers le Brésil sont encore timides.
A.T.: Cela s'explique par le fait que le Brésil est une puissance économique. Nous comptons parmis les 10 premières économies mondiales, nous disposons d'un secteur productif très diversifié. Il est donc "facile" pour un pays comme le Brésil d'avoir une balance commerciale exédentaire, parce que nous exportons beaucoup nos produits. Organiser une telle exposition ( Agro business au Sénégal, ndlr) nous permet de connaître davantage l'économie du Sénégal et de savoir ce que nous pouvons "acheter" dans cette économie.
Pour le cas du Sénégal, nous connaissons encore peu ce marché. Les échanges commerciaux entre le Brésil et le Sénégal s'élèvent à moins de 200 milliards de FCFA. C'est pourquoi nous sommes venus en Afrique. C'est la première fois que le Brésil organise une exposition agro-industrielle au Sénégal. C'est la première fois que nous avons cet échange d'informations entre le Brésil et le Sénégal.
Xinhua: La crise économique mondiale a-t-elle accéléré ce processus?
A.T.: Nous étions déjà engagés dans cette voie avant la crise. La crise nous a aidés à appliquer cette stratégie plus rapidement. C'est-à-dire la stratégie de travailler avec l'Afrique, l'Amérique du Sud et l'Asie, qui existait déjà bien avant la crise.
Xinhua: Quels secteurs vous semblent porteurs au Sénégal, en vue de ce partenariat?
A. T.: La demande se situe dans la technologie alimentaire, les transports, le biocarburant, la construction civile, le secteur de l'énergie, le textile etc. Par ailleurs, le Sénégal produit beaucoup de riz, et le Brésil a besoin d'en importer.
Xinhua: L'Apex ambitionne de valoriser notamment les équipements agricoles brésiliens auprès des paysans africains. Mais bien souvent, ces derniers se heurtent à des problèmes de financement de leurs exploitations. Ces difficultés financières sont-elles un frein à cette démarche de vulgarisation de vos produits ?
A. T.: Non, cela n'est pas un obstacle, car nous avons une grande banque, la Banque de développement économique et social du Brésil. Il s'agit de l'une des plus grandes banques du monde. Cette année son budget s'élève à 100.600 billions de dollars. Elle peut aider l'Afrique à commercer avec le Brésil.
Xinhua: C'est-à-dire en octroyant des prêts?
A.T.: Oui. Ensuite, il y a toutes ces autres banques, comme la Banque africaine de développement, la Banque européenne d'investissement, etc., qui sont très "tirées" vers la demande en biocombustibles et en énergies renouvelables. Si le Sénégal tend vers une politique (...) qui aide les producteurs à faire accroître suffisamment les rendements agricoles et les biocarburants, elle créera un marché. Et lorsqu'on a un marché très fort, on a des investissements et des liquidités.
Par Bineta Diagne
Xinhua
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