Culture : Art : L'Institut Cervantès de Rabat s'ouvre à l'univers photographique caché du mexicain Juan Rulfo
L'Institut Cervantès de Rabat a ouvert pour la première fois son espace d'exposition à l'"univers photographique caché" du génie de la photo d'art et romancier mexicain Juan Rulfo (1918-1986), l'une des figures de proue du réalisme magique de la littérature latino-américain.Organisée à l'initiative de l'Institut Cervantès, en collaboration avec le Service Culturel de l'Ambassade d'Espagne, l'Ambassade du Mexique, la Fondation Juan Rulfo et la maison d'édition Editorial Lunwerg.
Cette exposition reflète la passion de Rulfo pour le paysage mexicain, les cultures locales de son pays et l'architecture aztèque, autant d'aspects qui apparaissent en symbiose dans ses images.
Fils de famille paysanne, Rulfo est né à l'époque des guerres révolutionnaires dans l'état de Jalisco, dans l'ouest du Mexique, contrée rurale où prédominaient la superstition et la loi du plus fort : son père et d'autres membres de sa famille sont morts assassinés.
Rulfo a grandit loin de sa région natale dans un orphelinat de Guadalajara avant de rejoindre la capitale pour ses études. Il est l'auteur d'un recueil de nouvelles, "El llano en llamas" (Le Llano en flammes) et du fameux "Pedro Paramo", une oeuvre dont l'écrivain Carlos Fuentes affirmait qu'il s'agit du "meilleur roman mexicain de tous les temps". Ces deux ouvrages font de lui un écrivain hors pair.
Son oeuvre artistique en matière de photo est conservée à la Fondation Juan Rulfo du Mexique dont le directeur, Victor Jiménez, a souligné, lors d'une table-ronde organisée à cette occasion, que "si Rulfo est connu du public comme écrivain singulier, il est temps de prendre conscience du fait qu'il était également un remarquable photographe".
Rulfo, ce Mexicain jusqu'à la moelle, a tâté d'autres domaines de l'esprit comme la géographie, l'anthropologie et l'histoire du Mexique, y mettant "son grain de sel", a affirmé Jiménez, relevant qu'il représentait un cas singulier en ce sens qu'il était doué de la capacité de "s'exprimer avec la même aisance dans deux champs artistiques aussi différents que le sont l'écriture et la photographie".
De son côté, l'Ambassadeur du Mexique à Rabat, M. Porfirio Thierry Munoz Ledo, a estimé que si l'oeuvre littéraire de Rulfo reflète toute l'étendue de la marginalité qui caractérisait la vie rural au Mexique, la simplicité de ses clichés s'intègre parfaitement dans le regard profond que posait l'artiste sur la réalité mexicaine des années 30.
Cette exposition, a t-il dit, rend un hommage posthume à un excursionniste hanté par le souci de découvrir le " Mexique profond " et de le fixer sur des images qui se distinguent par leur netteté qu'agrémentaient des traits de l'esprit imaginatif de l'auteur.
Avec son regard pénétrant, Rulfo a pu transmettre la magie de l'univers des populations locales, auxquelles il a consacré une grande partie de sa vie d'écrivain, de photographe et d'anthropologue.
Incontestablement, Juan Rulfo a laissé une profonde empreinte sur la littérature et la photographie de son siècle, ce qui lui a valut l'admiration de nombreux membres du cercle de ses pairs, tels le colombien Gabriel Garcia Marquez, l'argentin Jorge Luis Borges ou le marocain Tahar Benjelloun.
MAP
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