Culture : SIEL : Abdallah El Ghouari, l'amateur du livre ancien
Au Salon international de l'Edition et du Livre de Casablanca, un petit espace un peu à part dégageant l'odeur du vieux papier, se distingue par sa modestie au beau milieu des stands cossus où trônent les dernières publications du marché du livre. Il s'agit de l'unique bouquiniste présent : "Bouquiniste Chellah".Dans ce réduit, le visiteur a l'impression de remonter le temps. Les livres anciens entassés en pile ou en rayonnage semblent attendre depuis longtemps de dévoiler leurs secrets à d'éventuels preneurs.
"Les bouquins étaient pour moi une aventure spéciale", se souvient Abdallah El Ghouari, venu de Rabat où il tient une échoppe depuis une trentaine d'années.
"Les livres n'intéressent plus grand monde, c'est pour cela je me suis spécialisé en quelque sorte dans les anciennes œuvres sur l'histoire du Maroc, particulièrement convoitées par l'élite", confie-t-il à la MAP.
Ce bouquiniste au parcours spécial a débuté dans les années 70, avant d'entreprendre un étonnant effort de spécialisation en s'orientant vers l'ancien livre historique.
"En 1984, j'ai repris une vieille échoppe qui servait de bibliothèque sous le Protectorat et que j'ai réaménagée en bouquinerie de prêt, d'échange et d'achat de vieux livres ", raconte ce quinquagénaire qui semble avoir une affection particulière pour des oeuvres plus classiques qui ont marqué toute une époque.
Les bouquins recherchés, dit-il, sont surtout ceux intéressant l'élite intellectuelle: historiens, chercheurs, collectionneurs et autres férus de ce genre d'ouvrages.
" On ne peut pas dire que les gens ne lisent pas. C'est plutôt un problème de cherté du livre, mais les bons livres continuent tout de même à se vendre ", assure-t-il alors qu'il vient de vendre un ouvrage à un couple étranger.
Attentif aux visiteurs qui déambulent entre les stands, El Ghouari concède que le marché du livre ancien demeure "restreint et fragile".
"Lorsqu'on est dans le Salon, on se sent impliqué dans cette fête du livre. Nous apportons notre pierre à l'édifice et avons le droit à une petite part du bonheur. Mais ailleurs quand on pense à la situation du métier, ça reste un peu difficile", fait-t-il observer.
Bien qu'il dresse un constat mitigé sur la situation du marché, il ne compte pas pour autant s'apitoyer sur le sort des bouquinistes. Au contraire, ce passionné de l'Histoire du Maroc s'active à suivre l'évolution de ce créneau " très exigeant" et n'a cessé de travailler avec ses collègues Rbatis pour organiser le métier. Il fait partie des membres fondateurs de l'Association Régionale des Libraires de Rabat.
En effet, on compte aujourd'hui une dizaine de bouquinistes dans la capitale, dispersés sur les quartiers Agdal, Hassan et les marchés aux puces de Akkari et Bab Al Had. Mais c'est seulement trois d'entre eux qui ont rejoint ladite association.
Parmi les livres que Abdallah El Ghouari présente aux visiteurs figure une sélection d'anciens ouvrages sur le Maroc, dont certains datent du 19ème siècle. On y découvre à titre d'exemple: "L'Afrique française, l'empire du Maroc et le désert du Sahara " de P. Christian, édité à Paris fin 1800,
" Le Maroc héroïque " de Jean Vial (Hachette, 1938),
"Le Maroc " d'Edmondo De Amicis (Hachette, 1882), "Mohamed Ben Youssef , tel que je l'au vu " de Max Jalade (Encyclopédie d'outre mer, Paris 1956).
Par Khadija Benhaddouch
MAP
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