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High Tech : La révolution du téléphone
Du fil de cuivre et un combiné, c'était il y a à peine une dizaine d'années. Aujourd'hui, le passage au numérique permet de multiplier les supports (agenda électronique, ordinateur, mobile à haut débit...) et les utilisations. Revue de détail

L'expression «simple comme un coup de fil» est en train de prendre un sérieux coup de vieux. Il y a encore dix ans, à l'époque préhistorique de la téléphonie, un (simple) combiné suffisait pour franchir le mur du son. Maintenant, l'abonné a l'embarras du choix! Déployer un câble, une mini-antenne, ou bien un micro et un casque sur son ordinateur... Voilà autant de nouvelles façons de téléphoner. «Nous assistons actuellement à un émiettement des supports: on n'utilise plus uniquement le traditionnel fil de cuivre, mais aussi le satellite, le Wi-Fi, le WiMax...», confirme Yves Gassot, patron de l'Institut de l'audiovisuel et des télécoms en Europe (Idate). Cet ingénieur, passé par Sciences po, suit le marché des télécoms depuis... 1978. Aujourd'hui, il n'hésite pas à employer le terme de «révolution» à propos du téléphone grand public. Si celui-ci perd en simplicité, il gagne en applications.

D'abord, un téléphone ne transporte plus uniquement du son: déjà, il permet d'envoyer du texte, des photos, des minifilms; demain, il servira à régler des achats ou encore à s'orienter en voiture.


Ce téléphone à tout faire est porté par un triple mouvement: il s'émancipe du fil, supporte un trafic de plus en plus important et, surtout, il est passé au numérique. Cette dernière mutation est la plus violente: la voix des interlocuteurs circulera à l'avenir sur le même «protocole réseau» qu'Internet. Dans ce langage IP (Internet Protocol), les données sont véhiculées sous forme de paquets et directement envoyées sur un réseau mondial. Un détail d'importance qui promet des baisses de tarifs pour les communications à longue distance. Après tout, l'envoi d'un e-mail au Costa Rica ou dans le sud de la France est facturé au même tarif!


A condition de ne pas s'emmêler les pinceaux dans la nouvelle donne, les consommateurs sortiront gagnants de cette grande révolution industrielle... Enquête sur une génération de nouveaux appareils téléphoniques, qui ont déjà changé notre manière de passer des coups de fil, et - espérons-le - réduiront bientôt notre facture.


Le BlackBerry: téléphoner avec son agenda.

Il devait être le chouchou des cadres sup, c'est devenu celui de leur patron. Car un salarié qui l'utilise gagne jusqu'à 188 heures de productivité chaque année (chiffre Ipsos-Reid). Quel est ce mystérieux objet qui en anglais porte le nom de «mûre»? Un agenda électronique intelligent: il ne permet pas uniquement de prendre des rendez-vous ou de conserver des coordonnées, il offre aussi la possibilité de lire les e-mails reçus à son bureau et transférés en temps réel, d'y répondre grâce à un clavier intégré, d'envoyer des Texto, et même... de téléphoner.


Un téléphone bien plus riche que le traditionnel: il garde une mémoire numérique de toutes les conversations et peut retranscrire certains messages sur le clavier - utile pendant les réunions! L'appareil compte ses propres fans, les crackberrys, qui se retrouvent lors de chats pour évoquer leur passion... Tous mettent en avant sa grande maniabilité, son cliquet sur le côté, qui permet de passer rapidement d'une fonction à une autre avec le seul mouvement du pouce, et sa technologie push: chaque fois qu'un e-mail est reçu, il apparaît immédiatement à l'écran. Le BlackBerry fonctionne en totale connexion avec l'ordinateur. Un collaborateur change d'affectation? Ses nouvelles coordonnées apparaissent aussitôt sur le petit appareil. Un vade-mecum dont n'arrivent plus à se passer ses utilisateurs: 1 sur 5 envoie ainsi des e-mails, tout en conversant avec des amis, 1 sur 6, tranquillement attablé au restaurant, et 1 sur 7 des toilettes, note Harris Interactive. Un vrai fil à la patte...


Mais, surtout, un joli succès commercial pour son fabricant, le canadien Research in Motion (RIM). Depuis son lancement, cette firme injustement basée à... Waterloo, dans l'Ontario, a dû trouver sa place sur un marché des agendas électroniques déjà bien encombré, trusté notamment par le précurseur Palm. Aujourd'hui, sur 10 agendas électroniques, vendus dans le monde, plus de 1 est un BlackBerry et le produit, dont les ventes ont doublé en un an, est utilisé aussi bien par les banquiers de la Silicon Valley Bank, en Californie, que par leurs homologues de la BNP à Paris. Reste pour le BlackBerry à garder ce dynamisme face aux nouveaux venus, comme la firme californienne Good Technology, au succès grandissant. Pour résister, le BlackBerry pourrait muscler son autonomie. Prix: autour de 400 €.

Le plus: l'instantanéité des e-mails.
Le moins: le prix.


La box: un téléphone vers un téléphone via un modem.

Entre le canapé, le lecteur DVD ou encore la chaîne hi-fi, notre salon commencerait-il à être encombré? Un appareil de la taille de deux ouvrages de la Pléiade - la fameuse «boîte» - s'impose pourtant dans un nombre croissant de foyers. C'est l'opérateur Free (Freebox) qui a pris cette initiative, rejoint depuis peu par Neuf Telecom (Neuf Box) et Wanadoo (Live Box). Ces nouveaux boîtiers méritent qu'on les prenne au sérieux. Car la box, en moins de six mois, a conquis le cœur - et le portefeuille - des 15-25 ans. Au départ, il s'agissait d'une simple connexion à Internet. Et puis, comme elle permettait un débit élevé, les fournisseurs d'accès ont eu l'idée - grâce à des accords passés avec des chaînes, notamment Canal + et TF 1 - de délivrer la télé numérique à la maison: plus de 100 chaînes sont à présent disponibles, en qualité numérique, via cette petite boîte. Mieux, elle sert à téléphoner. En effet, le réseau Internet (IP) autorise l'envoi de données par paquets et donc le transport de la voix.


Comment fonctionne la box? Concrètement, il suffit de brancher votre bon vieux téléphone fixe - ne le jetez surtout pas! - sur l'une des prises de la boîte. Ensuite, de composer son numéro... Le débit est un peu saccadé, mais ça marche. Gros avantage: vous ne payez pas (ou peu) les appels vers les téléphones fixes. Un numéro - commençant par 0-800 - vous est même attribué pour recevoir vos coups de fil. Certes, cela demande quelques efforts de mémorisation, mais il est possible d'appeler gratuitement...


Seul bémol pour l'instant - rançon du succès? - depuis la fin de juillet, les services techniques sont débordés. Il n'est pas rare d'attendre plusieurs semaines avant d'obtenir la boîte magique, sans parler des problèmes d'installation: des services d'aide en ligne difficilement joignables et ldes appels souvent payants (comptez une bonne vingtaine de minutes pour expliquer votre problème à un technicien grincheux). On peut regretter le temps où le service des «dérangements» des PTT vous dépannait à titre grâcieux dans la matinée.

Le plus: le prix des communications.
Le moins: le délai d'attente pour être équipé, et le service clientèle, insuffisant.


Skype: un logiciel pour téléphoner de son ordinateur.

Et s'il était possible de téléphoner de son ordinateur à l'autre bout de la planète? C'est ce que propose Skype, un logiciel - gratuit pour l'instant - mis au point par Niklas Zennström et Janus Friis, alias les «trublions de la téléphonie». En 2000, ces deux Suédois mettaient au point le logiciel d'échanges de chansons KaZaA, devenu l'un des programmes les plus téléchargés au monde sur Internet. A l'époque, les deux compères permettaient aux internautes d'échanger de la musique; cette fois-ci, ils promettent de la tchatche. Ce qui a séduit, uniquement grâce au bouche-à-oreille, plus de 35 millions de personnes qui ont déjà testé Skype dans le monde. A tel point qu'un nouveau numéro pourrait faire son apparition sur les cartes de visite, comme l'avait fait l'adresse e-mail il y a cinq ans. En témoigne ce séminaire d'ingénieurs, à Paris, où, au moment d'échanger leurs cartes de visite, un professeur anglais lance à son interlocuteur: «Donne-moi plutôt ton numéro Skype!»


Pour s'équiper, c'est très simple. Une fois le logiciel téléchargé sur Internet (c'est gratuit et cela prend quatre minutes sur Skype.com), l'utilisateur doit se doter d'un casque-micro standard - 60 € environ - avant de composer le numéro de téléphone sur son clavier et de lancer l'appel. Plus de 1 million de personnes utilisent chaque jour ce logiciel, qui, depuis sa création, a été à l'origine de 2,6 milliards de minutes de conversation. Mieux: depuis peu, Skype ne se limite plus à la connexion entre ordinateurs: il permet d'appeler un téléphone fixe de sa machine, et cela au prix - unique - de 1,7 centime d'euro par minute vers une liste de 26 pays, parmi lesquels l'Argentine, le Canada, le Chili, l'Irlande, la Nouvelle-Zélande, la Suède, les Etats-Unis... le Vatican (les ondes célestes deviendraient-elles abordables?), et la France. Skype permet aussi les appels vers les mobiles, mais cela est moins intéressant, sauf au Canada et aux Etats-Unis. En pratique, le son pêche parfois par manque de qualité: des grésillements apparaissent en moyenne lors de 1 appel sur 10. C'est le principal défaut de Skype. Une fois qu'il sera résolu, le système se transformera en solution parfaite.

Le plus: le prix.
Le moins: la qualité inégale du son.


Le mobile de troisième génération: le visiophone.

Certes, il y a toujours les grincheux qui préféreront, au bout du fil, pouvoir manger tranquillement un éclair au chocolat, ou profiter du moment de répit d'une conversation pour griffonner un morceau de papier. Mais le vrai luxe n'est-il pas de voir la personne avec qui l'on converse? L'idée, certes séduisante, fait un peu sourire, tant il est vrai que la visiophonie a longtemps été l'Arlésienne de la téléphonie. Voilà plus de vingt ans que cette idée a vu le jour. Un arrêté du Journal officiel publié le... 24 juin 1982 évoquait déjà «l'association de la téléphonie et de la télévision permettant à deux correspondants de se voir pendant leur conversation téléphonique». Or voilà que, grâce à l'arrivée, il y a maintenant dix jours, de l'UMTS - Universal Mobile Technology System, une norme de téléphonie mobile à haut débit - l'idée si souvent évoquée peut se réaliser.


Concrètement, de la même manière que certains mobiles sont dotés d'un appareil photo, les derniers modèles peuvent comprendre une caméra. Elle retransmet votre physionomie en direct sur l'écran de votre interlocuteur, lequel est filmé à son tour. Certains terminaux sont même équipés de deux caméras: une pour filmer et une pour la visiophonie, dont la résolution - de 0,5 à 3 millions de pixels - est comparable à celle d'appareils photo numériques d'entrée de gamme.


Cette norme, qui marie Internet et les téléphones portables, a déjà conquis les plus grands. Ce soir de la fin de novembre, ce nouveau gadget entre les mains, l'acteur Jacques Weber, qui avait abandonné un instant la dégustation de Danacol, le yaourt qu'il vante à la télé, s'émerveille... Installé dans les coulisses d'un théâtre parisien, il livre ses impressions, grâce à son téléphone portable, à quelques privilégiés situés bien loin de la scène... L'image est très bonne, quoiqu'un peu saccadée, mais cela devrait passer avec le temps. Seule réserve: les interlocuteurs doivent par définition également être équipés d'un tel portable pour que l'image se transmette.


Le prix de ce nouveau luxe? Entre 43 et 140 € par mois pour des abonnements de trois à quinze heures. En clair, le double du coût des communications classiques. Trop cher? «Il s'agit pour l'instant d'accrocher les usagers technophiles avant d'envisager un marché de masse», explique SFR, qui, le premier, a lancé ce service et espère 500 000 abonnés en 2005. Les licences, il est vrai, ont été particulièrement coûteuses. Orange lancera son offre avant Noël et Bouygues Télécom s'apprête à muscler son iMode, une technologie alternative qui vient du Japon. Tous parient que la visiophonie connaîtra un engouement comparable à celui qui a porté les messages écrits SMS.

Le plus: l'image.
Le moins: le prix.


Le «Talk now»: des portables qui servent de talkies-walkies.

Téléphoner en circuit fermé, sans être dérangé... C'était pour l'instant possible dans les entreprises qui avaient mis en place des systèmes de téléconférence accessibles par le téléphone fixe. Mais aucun service comparable n'était disponible sur le portable. Cette période est désormais révolue: sans doute surpris par l'intérêt qu'a suscité récemment le talkie-walkie - la grande distribution a relancé il y a quatre ans ces accessoires qui se sont vendus comme des petits pains - les opérateurs, Orange en tête, rejoint par Bouygues Télécom, ont décidé de mettre au goût du jour ce service. Il permet de parler à une seule personne à la manière d'un talkie-walkie comme de converser à bâtons rompus avec une liste de correspondants prédéterminée. Pour parler, il suffit de presser une touche et tous les contacts entendent le message. Pour écouter, il n'y a qu'à relâcher cette touche, ce qui enclenche le haut-parleur. Il n'y a donc plus de numéro à composer. L'utilisateur peut savoir si ses amis sont disposés à recevoir des messages grâce à de petites icônes affichées sur l'écran de son mobile. Enfin, il est possible, grâce à une fonction instantanée, de laisser tout le monde parler en même temps. Certes, cet appareil a des allures de gadget, mais les opérateurs jouent sur le côté tribu des utilisateurs; après tout, ce service n'est que la version téléphonique des discussions simultanées, encore appelées «chats», tels MSN ou AOL Messenger, qui comptent plusieurs millions d'utilisateurs en France. Seront-ils prêts à payer autour de 20 centimes d'euro par minute ou 23 € par mois pour accéder à ce nouveau service? Attention, pour l'instant, très peu d'appareils, comme le Treo 600, sont compatibles! Mais la période de Noël devrait voir arriver de nouveaux terminaux, vendus entre 20 et 60 €.

Le plus: le côté ludique.
Le moins: ce même côté gadget qui peut lasser.


Le téléphone Wi-Fi: une antenne téléphonique sans fil.

Il y a peu de temps encore, beaucoup se demandaient ce qu'était le Wi-Fi (1). Maintenant, de l'aéroport de Jakarta à la Coupole, tout le monde se branche. La brasserie parisienne offre ainsi une connexion à ses clients équipés d'un ordinateur portable. Et le maillage continue: Ozone, une start-up très innovante a prévu de déployer dans la capitale, d'ici à 2006, plus de 1 000 bornes Wi-Fi, cette technologie d'accès sans fil au Web. Mais le Wi-Fi, qui se répand comme une traînée de poudre, permet également de téléphoner. Comment? Tout simplement en érigeant un hotspot, une antenne capable d'arroser tout l'appartement en ondes Internet. Jusqu'ici, seuls les ordinateurs pouvaient les décrypter, or, depuis peu, des téléphones comprennent aussi ce langage.


Le terminal en question ressemble à un téléphone classique, sonne comme un téléphone classique, mais surtout pourrait bien le remplacer. Car, ici aussi, l'appareil, totalement numérique, promet des communications très bon marché, moitié moins chères que les factures actuelles. Et même gratuites entre appareils Wi-Fi chez Phonesystems. Déjà commercialisé aux Etats-Unis, le téléphone Wi-Fi fait de timides débuts en France et les offres devraient se multiplier dès le début de 2005. «Les opérateurs ne se demandent plus s'il faut y aller ou pas, mais plutôt quand et comment», assure un analyste.


Certes, il a encore quelques défauts de jeunesse: le Wi-Fi protège pour l'instant trop mal des intrusions de voisins qui peuvent, avec un téléphone similaire, écouter vos conversations. Mais, une fois qu'un réseau sécurisé sera déployé, son succès devrait être assuré, notamment parce qu'il permettra aux abonnés de garder le même numéro pour leur téléphone mobile et leur fixe.


Le plus: la possibilité de garder le même numéro pour le fixe et le mobile.
Le moins: encore trop peu répandu en Europe.


(1) Wi-Fi: diminutif de Wireless Fidelity. Son principal attrait est d'être sans fil, mais les communications sont difficiles à sécuriser. Le WiMax est une extension du Wi-Fi: son antenne peut diffuser jusqu'à 30 kilomètres à la ronde.

par Guillaume Grallet

Source : L'Express

Casafree.com le 26/11/2004 6:01:56
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