Actualité Maroc : Tout le Maroc marche pour Gaza : Colère contre l’insoutenable !
A travers la marche de Rabat, les Marocains ont exprimé leur vive colère contre l’escalade militaire à Gaza. Une manifestation monstre qui aura été sans heurts.«Je suis fier de Rabat. Elle a toujours été au rendez-vous à chaque fois qu’il le faut», lance l’une des chevilles ouvrières de la marche organisée ce dimanche 4 janvier dans la capitale. Comme le rappellent ses organisateurs, cette manif qui a été placée sous le signe de solidarité avec le peuple palestinien, a été à la hauteur et fait parler d’elle au niveau international. «Ce n’est pas nouveau pour Rabat qui avait connu en 2002 la plus grande manifestation de solidarité avec le peuple palestinien de toute l’histoire», rappelle le diplomate palestinien, Wassif Mansour, ancien ambassadeur de la Palestine à Rabat.
Des milliers de manifestants (35.000 selon des sources sécuritaires, mais beaucoup plus selon les organisateurs) ont ainsi répondu présents, ce dimanche, à l’appel lancé par le groupe de travail ayant réuni l’association marocaine de soutien à la lutte du peuple palestinien, le groupe d’action nationale pour le soutien à l’Irak et à la Palestine, le congrès nationaliste panarabe, le congrès nationaliste panislamiste et le congrès des nationalistes arabes. Toute une constellation de sensibilités qui avaient fort à faire pour uniformiser les slogans à scander. « Car l’objectif, c’est Gaza et rien d’autre. Les slogans expriment la dénonciation du silence et de la complicité des régimes arabes. Ils demandent l’ouverture de la frontière de Rafah entre Gaza et l’Egypte, l’arrêt de toutes les formes de coopération et de normalisation avec Israël», précise Khalid Soufiani, coordinateur du Groupe d’action nationale de soutien à l’Irak et à la Palestine.
Tout le Maroc représenté
Les premiers participants ont commencé à affluer à la place mythique de Bab El Had depuis les premières heures du matin pour s’assurer une bonne place en tête de la marche dont le coup d’envoi programmé initialement pour 10 heures a été retardé d’une petite heure en raison des difficultés habituelles dans pareils événements.
Comme d’habitude, la présence massive des militants islamistes de Adl wa lihssane, du MUR (mouvement unicité et réforme) et du PJD, se faisait nettement remarquer. Du côté des gauchistes et des défenseurs des droits de l’Homme, les affiliés de l’AMDH, menés par le duo Khadija Ryadi et Abdelhamid Amine se démarquaient par leur hyper activité aux côtés des partisans du PSU, de Nahj democrati, du PADS d’ATTAC. Tous sont venus munis de leurs «accessoires» marqués de la couleur rouge et où trône parfois El Che et même quelques symboles nostalgiques du communisme. Du reste, toute la classe politique marocaine était représentée. Ont répondu présents notamment, le nouveau dirigeant USFP, Abdelouahed Radi également ministre de la justice; Mustapha Mansouri, secrétaire général RNI et président du Parlement; le PPS kahlid Naciri, ministre de la communication et porte-parole du gouvernement; la ministre du développement social, la PPS Nezha Sqalli; Ismail Alaoui, secrétaire général du PPS; Abdellilah Benkirane, secrétaire général du PJD; Mohand Laenser, secrétaire général du MP; le RNIste et ministre de l’Economie et des finances, Salahddine Mezouar; Jamal Rhmani, ministre de l’Emploi et bien d’autres personnalités politiques.
On notera également la présence de représentants du monde de l’art et du sport… Des femmes, des hommes, des enfants, bref tout le Maroc a été largement représenté dans cette manifestation où la colère se lisait sur tous les visages avant de sortir de toutes les bouches.
Al Adl Wal Ihssane, évidemment !
Guettée et largement couverte par les medias et observateurs étrangers, la présence en force des partisans d’Al Adl Wal Ihssane est, bel et bien, un sujet de prédilection dans un pareil rendez-vous. Et comme d’habitude, les adlistes et autres islamistes plus au moins proches du mouvement du Cheikh Abdessalam Yassine, ont constitué des chaînes humaines qui se démarquent par leur sens de l’organisation qui ne tolère pas la mixité entre hommes et femmes.
Selon certaines estimations, les militants de cette association religieuse ont constitué près de 50% des manifestants. Des sources de cette Jamâa indiquent que l’opération de mobilisation menée à la veille de la marche de Rabat avait comme objectif de faire venir environ 100.000 personnes de tout le Maroc. «Il s’agissait pour les meneurs de cette association de faire de cet événement la plus grande manifestation jamais organisée», indique-t-on. Mais tout à fait pour qu’aucun courant politique ne profite de la colère que tous les Marocains expriment spontanément contre le génocide qui se déroule à Gaza.
Rabat réconcilie Nasrallah et Guevara
Selon le secrétaire général du PPS, Ismaïl Alaoui, «l’un des messages forts de cette marche est à adresser aux Palestiniens eux-mêmes qui sont appelés, plus que jamais, à unifier leurs rangs s’ils veulent réaliser les attentes de la population palestinienne». Cet appel est ressorti dans de multiples déclarations recueillies auprès de divers manifestants qu’ils soient «politisés» ou non.
Par ailleurs, les slogans de solidarité ont été répétés à l’unisson. Même si certains manifestant les criaient en portant le plus haut possible des posters du chef de Hizbollah, Hassan Nasrallah et d’autres ceux de Che Guevara. «C’est assez impressionnant de voir lors d’une même manif et quelle manif, les étendards islamistes du Hamas et du Hizbollah aux côtés des icônes et symboles de la gauche», s’exclame un ressortissant français pour décrire «cette immensité sublime et fascinante».
Manif sans provoc
Pour nombre d’acteurs chargés de superviser la gigantesque manifestation de Rabat, le signe distinctif de cette manifestation c’est qu’elle s’est déroulée dans le respect entre les participants venus de divers horizons et ayant diverses appartenances. La marche pour les Gazaouis, semble avoir transcendé les divergences idéologiques et politiques. «Rassembler des milliers de militants de toutes les obédiences idéologiques, de l’extrême gauche au salafisme. Réussir à organiser une marche marquée par autant de discipline, sans qu’il n’y ait eu aucun incident fâcheux et où les participants ont pour une fois mis de côté leurs tensions politiques et se sont accordés à ne pas s’adonner à des actions de provocation idéologique ou religieuse. Il faut le faire !», s’émerveille un acteur associatif heureux.
La colère inspire
Pour nombre d’observateurs, le fait marquant est incontestablement l’habillage de jeunes et moins jeunes en tenues distinctives des activistes des Brigades Azzeddine Al-Kassame (la branche armée du Hamas), cagoulés en noir et portant des mitraillettes en plastique.
On notera également, le défilé de jeunes habillés en juifs orthodoxes, un grand chapeau sur la tête, des enfants tenants dans leurs mains des poupées couvertes de linceuls symbolisant les bébés morts à Gaza. Ou encore la confection de missiles en carton… Mais il y a eu surtout ces nombreuses chaussures de grosse pointure portées par certains groupes de manifestants… Evoquant l’acte rageur du journaliste irakien qui a jeté sa chaussure sur le président américain Georges Bush, ce symbole «anti-américain» en vogue a eu une présence remarquable dans la marche de Rabat.
Nombreux sont les participants qui portaient des chaussures à la main, rappelant l’incident le plus spectaculaire de la fin 2008.
Bataille des chiffres
«Il est difficile d’évaluer même approximativement le nombre de participants à un tel événement», nous confie un des cadres en charge de l’organisation. D’où des divergences flagrantes à ce sujet. «En fin de compte le nombre a une portée symbolique», dira Sion Assidon, militant associatif marocain de confession juive. Reste que pour des agences de presse, citant des sources sécuritaires, le nombre se situe aux alentours de 35.000 marcheurs alors que la chaîne arabe Al-Jazeera parle de 2 millions de manifestants. Tandis que des sources de la préfecture de Rabat situent le nombre des participants, venus des quatre coins du royaume, entre 140.000 et 160.000. A vue d’œil, ce sont ces derniers chiffres qui sont les plus vraisemblables.
Abbas El Fassi absent
Absent, le Premier ministre, Abbas El Fassi, a été représenté par des membres du comité exécutif du parti de l’Istiqlal qui mène l’actuelle coalition gouvernementale. On notera la présence notamment de Saâd Alami, deuxième homme fort du parti et ministre chargé des relations avec le Parlement, de M’hamed Khalifa, de Khalil Boucetta…
Pour Gaza, l’autoroute momentanément gratuite
Suite à l’encombrement relevé à la station de péage de Bouznika à cause de l’affluence extraordinaire des participants qui avaient hâte de rejoindre la marche de Rabat, les responsables de la circulation autoroutière ont laissé passer de nombreux automobilistes sans exiger de payement. Gaza vaut bien ce geste.
Les «Guerraba» solidaires
Des « Guerraba » (porteurs d’eau) qui se faisaient remarquer par la couleur rouge de leurs vêtements et les accessoires artisanaux qui les ornent, ont exprimé, à leur façon, leur solidarité avec les Palestiniens. Ils ont distribué gratuitement de l’eau pour permettre aux marcheurs d’étancher leur soif. Un beau geste !
Le Reporter
Casafree.com le 17/1/2009 9:10:00
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