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Exposition d'art à l'Atelier 21 : Portrait de l'artiste Mustapha Boujemaoui. - Culture - Webzine

Culture : Exposition d'art à l'Atelier 21 : Portrait de l'artiste Mustapha Boujemaoui.
Boujemaoui arts peintureJ’ai bien envie de parler du prestige de Mustapha Boujemaoui. On ne trouve que des motifs d’étonnement dans son œuvre.
Boujemaoui est un artiste conceptuel, conscient de ce qu’il fait, de là où il va, mais en même temps ouvert à la part de hasard qui intervient dans tout acte de création. Il a la démarche méthodique des joueurs d’échecs. Il est concentré sur son œuvre, ne cherche pas à communiquer sur ce qu’il fait, s’embarrasse souvent quand on le sollicite.


Dans la vie courante, Mustapha Boujemaoui est un grand timide. Mais quelle audace, quelle aisance dans le face-à-face avec l’œuvre ! Cela fait des années qu’il poursuit une œuvre unique en son genre, cohérente, dense, contemporaine.
Mustapha Boujemaoui est peut-être le seul artiste au monde à exploiter les possibilités plastiques du thé. Pourtant, l’homme ne cherche pas à frapper les esprits par l’originalité. Il n’a pas de temps pour soigner son apparence et jouer à l’artiste. Il tient depuis une vingtaine d’années le cap d’une orientation sûre, et rien ne l’en détourne.

Peu de gens savent que Boujemaoui a vécu longtemps à Paris pendant les années 70 et que ce séjour a eu la plus grande influence sur son art. C’est dans cette ville, au milieu des écoles les plus diverses, des tendances artistiques les moins uniformes, là où un peintre ne pouvait pas poser un trait sur une toile sans qu’elle ne soit apparentée à la façon de faire de tel ou tel autre artiste, que Boujemaoui a développé un langage individuel et une démarche créative qui impriment sur son œuvre une marque personnelle, aussi infime fût-elle, dans le vaste monde des arts plastiques. Il a déplacé l’objet de son premier usage, en créant le pictojournal ou le pictothé. L’objet le plus anodin, comme le verre, est détourné de sa charge socioculturelle pour revêtir une nouvelle apparence et des attributs sémantiques inédits.

Quatre stations importantes ponctuent le parcours de Mustapha Boujemaoui : le pictojournal, les caravanes, les jardins imaginaires et les verres de ma vie. Dans cette série, très justement intitulée "Les Métamorphoses de ma vie", l’artiste donne à voir les transformations du verre. L’ombre portée du récipient rappelle un objet fonctionnel présent dans toutes les maisons. Le peintre lui ajoute quatre pieds et l’identité de l’objet devient irréfutable : une chaise. Dans d’autres peintures, le verre mue en tourbillon, en ruche d’abeilles, en lèvres ou en corps humain. Plus que dans les autres expositions, Mustapha Boujemaoui apparaît avec cette série comme un artiste qui prend du plaisir à peindre comme en attestent les coulures de la matière et les changements de rythme dans la gestualité : tantôt pondérée et sobre, tantôt lyrique et déchaînée. Il élabore à la manière d’un musicien des variations sur un thème. L’élément musical, repris sous différents aspects, est le verre de ma vie, mais il est toujours reconnaissable en dépit de ses multiples avatars.

Mustapha Boujemaoui a aussi une qualité que l’on souligne rarement dans son œuvre : l’humour. Participe de cette optique le grand triptyque, intitulé "Adam et Eve", où la forme du verre a mué en deux corps, l’un masculin et l’autre féminin, et où la nature entourant le couple, culturellement fondateur de l’humanité, a l’apparence d’un green bien anglais – qui réfère plus aux pelouses des maisons urbaines de notre époque qu’à la nature sauvage des premiers hommes.

Au reste, Boujemaoui reprend souvent d’anciennes toiles, les retravaille. Dans cette série, il y a des œuvres commencées en 1998 et terminées en 2008. Le peintre a appris avec le temps qu’il ne sert à rien de s’acharner contre une peinture qui refuse de se laisser prendre. Il ne cherche pas à gagner au premier coup. Il laisse la toile dans un coin et revient à la charge, parfois dix ans plus tard, dans un corps à corps passionnant. Son atelier est un chantier permanent. Il y a des peintures en cours, des toiles en projet et des œuvres inachevées. "La peinture, c’est une porte ouverte", affirme Boujemaoui. Il n’y a effectivement rien de fermé ou de verrouillé, genre dogme esthétique, dictat artistique, dans son œuvre. L’élément passionnant de son aventure n’est d’ailleurs pas le résultat, la performance, mais l’acte de peindre en lui-même, acceptation des règles du jeu, repentirs, redistribution des plans, ouverture vers l’inconnu, tout ce qui fait qu’une œuvre d’art n’est jamais figée et qu’elle possède une capacité d’appel – vertu énigmatique qui dote certaines œuvres du pouvoir de dire alors que tant d’autres ne disent rien.


Aziz Daki
Source : Atelier 21


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Casafree.com le 11/11/2008 11:31:17
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