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Société : Jwanate, karkoubi, ghabra, bola hamra : la servitude ténébreuse d'une frange de la jeunesse piégée
Le visage émacié, le regard éteint, les mains tremblotantes, le corps frêle et visiblement exténué, les yeux hagards comme à la recherche de quelque chose ou de quelqu'un C'est ainsi que se tient Hicham, la vingtaine, dans un coin obscur au détour d'une ruelle sinueuse de l'ancienne médina de Rabat, en attendant la "dose magique" qui le replongerait dans son cauchemar abyssal.

Depuis qu'il a sombré, il y a deux ans, dans les creux fangeux de l'accoutumance au cours de vacances estivales, Hicham ne s'est pas remis de son hébétude de toxicomane, s'enlisant chaque jour encore davantage dans son bourbier au gré des variétés de drogues, qui vont du soft au hard.

De la résine de cannabis aux comprimés hallucinogènes, en passant par l'héroïne et même la cocaïne, il sollicite à souhait toute la gamme des psychotropes pourvu qu'elle fasse emballer. Dans le jargon des toxicomanes, ces drogues sont affublées d'appellations qui ne trompent pas sur les effets qu'on en attend: "karkoubi", "bola hamra", "habba", "fanid" et "ghabra" autant de néologismes, autant de barbarismes pour nommer l'indicible.

D'une voix ulcérée, Hicham raconte sur un ton de confidence douloureuse, comment il s'est embourbé petit à petit dans la mare de la drogue comme aimanté, comme attiré par une ficelle invisible vers les tréfonds d'un vide insondable. Il se rappelle comment, une nuit d'été, des "copains" l'ont approché pour l'inviter à "essayer" un comprimé, rien qu'un seul, pour goûter aux délices de cette potion magique.

Le jeune âge aidant, il a fini par succomber à l'appel des sirènes, à la doucereuse sensation de volupté délétère et à la promesse des immenses étendues de cet autre univers plein de mystères que ce petit comprimé est capable de créer.

"Pourquoi pas, alors ?", s'est-il interrogé sans savoir qu'en cédant à la tentation, il allait se précipiter dans l'abysse, qu'en mordant au "fruit défendu", une deuxième, une troisième fois, il s'engagerait fatalement dans l'engrenage des toxicomanes.

Au fil des semaines et des mois, Hicham s'était retrouvé otage de sa condition, esclave de sa manie, tant et si bien que pour se procurer ses drogues, il s'était mis à subtiliser l'argent des siens et à exercer des métiers que naguère il considérait comme "infâmes" avant de finir par tendre la main aux passants, suite à la mort du père.
Hicham, Nabil, Adil et bien d'autres ne sont au fait que des "prototypes" de jeunes qui regardent, résignés et impuissants, leurs vies se consumer à petit feu sous l'effet destructeur de la drogue au moment où les trafiquants amassent des fortunes.

Ces jeunes à l'âge des fleurs succombent aux manèges des narcotrafiquants, qui s'ingénient à leur faire miroiter leur poison comme une panacée capable de guérir tous les maux sociaux nés dans le sillage de la dislocation des familles, de la pauvreté et de l'ignorance.

Interpellés par l'étendue du gâchis, nombre d'intervenants, les médecins au premier chef, ont très tôt tiré la sonnette d'alarme. A ce propos, le Dr. Fatima Aswab, psychiatre et responsable au ministère de la santé, met en garde contre l'ampleur alarmante de la consommation des comprimés hallucinogènes parmi les adolescents des deux sexes. Car, affirme-t-elle, il y a péril en la demeure quand les portails des collèges et des lycées deviennent des lieux de prédilection pour écouler ces matières toxiques.



Source : Menara

Casafree.com le 12/6/2005 9:51:54
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