Actualité Asie : Réflexion sur la corruption dans mon pays le Cambodge
Transparency International a communiqué son indice de perception de la corruption (IPC) pour 2008, le Cambodge occupe désormais la 166ème place sur 180 pays.A ce sujet, la critique envers le gouvernement cambodgien ne peut être que sévère.
Selon Transparency International, la corruption persistante dans les pays à faible revenu exige une action mondiale. Seuls des efforts concertés entre les pays riches et les pays pauvres permettront d’enrayer les flux d’argent issus de la corruption et de rendre justice aux pauvres.
Est-ce vraiment cela la solution pour enrayer ce fléau qui n’arrête pas de se développer non seulement au Cambodge, mais dans le monde ?
J’en doute pour la raison suivante : lorsqu’on aborde le problème de la corruption dans un pays, on le lie à la bonne gouvernance. Jamais ce problème de corruption n’a été abordé à sa source c’est-à-dire les pays corrupteurs.
Pour moi, le problème est simple et à la fois compliqué ; s’il n’y a pas de corrupteur, il n’y a pas non plus de corruption.
Un peu comme le problème du tourisme sexuel, lorsqu’un enfant est à genoux et qu’il a faim. Vous lui tendez un gros billet et vous l’abusez.
Le problème de la corruption doit être pensé en amont puis en aval.
Pour un pays pauvre, laquelle des deux solutions est la meilleure pour le peuple :
1 s’enrichir de l’argent des pays corrupteurs,
ou
2 s’endetter des prêts institutionnels ?
Il est plus difficile de se faire gendarme que de pointer du doigt les plus faibles.
Les pays riches veulent-ils vraiment que les pays pauvres s’enrichissent ? Cela aurait changé tout l’équilibre du monde.
Il est évident que bon nombre de gens du pouvoir profitent de l’argent des pays corrupteurs pour s’enrichir. Comment cela pourrait en être autrement lorsque des investisseurs viennent traiter des affaires en Jet privé, avec des cartables remplis de dollars, pensez-vous que les gouvernements pauvres les laissent investir, repartir et tirer profit librement ?
Les pauvres cherchent à s’enrichir chacun à son niveau.
1 Les nouveaux riches veulent être encore plus riches au contact des gens beaucoup plus riches qu’eux. Ils abusent de leur pouvoir pour récolter le gâteau qu’on leur tend à la bouche.
2 Les pauvres profitent de la déréglementation pour essayer de constituer au plus vite leurs gains : transactions en tous genres.
Le Cambodge connaît une croissance économique à deux chiffres depuis déjà quelques années.
Nous voyons apparaître une classe moyenne ; le taux de pauvreté a reculé.
La corruption n’est néfaste pour un pays que lorsque la richesse n’est pas redistribuée vers le bas.
Au Cambodge, l’argent est réinjecté pour construire des hôtels, des cités, des écoles et des constructions de toutes sortes. Ces investissements dans le pays créent des emplois indispensables à la population.
Un appel à la reconstruction du pays se fait par la voix de son premier ministre Samdech Décho HUN Sen chaque fois qu’il se déplace en province. C’est ainsi que les ministres, les députés, les généraux et les Okgna mettent la main à la poche pour construire des écoles, des ponts, des routes, des pagodes etc...
Ceci n’est pas habituel dans un pays industrialisé, mais c’est ainsi ; le Cambodge se reconstruit avec son système, carence d’un modèle démocratique qui ne pourrait se faire du jour au lendemain, carence d’une absence de contrôle des flux de capitaux provenant des pays corrupteurs.
Je suis loin de cautionner un système corrompu.
Le gouvernement cambodgien est à présent responsable à 100% devant le peuple de plus en plus instruit qui lui réclamera sans cesse des améliorations, des comptes à rendre.
En cette 4ème législature, le gouvernement aura la tâche de réguler les capitaux, condition indispensable pour une justice sociale.
Pour le cas du Cambodge, il faut reconnaître que depuis les premières élections démocratiques en juillet 1993, la liberté de circulation est devenue satisfaisante, l’insécurité a considérablement diminué, l’accès à l’électricité et à l’eau courante dans les villes est devenu normal, le Sida a reculé, le réseau bancaire de plus en plus performant facilite les transactions financières, le réseau routier s’étoffe, les aéroports internationaux accueillent de plus en plus de passagers, la vie s’anime.
Il reste tant de choses à faire que l’on pourrait continuer à critiquer jusqu’à fin s’en suive.
S’il n’y avait pas cette crise financière la plus grave depuis 1930, les grandes puissances n’auraient pas remis en cause leur système bancaire en déliquescence et de commencer à penser à une nouvelle architecture financière internationale.
Monsieur Nicolas SARKOZY, Président de la République française a dit dans son allocution devant la 62ème Assemblée générale de l’ONU :
« Regardons notre monde tel qu'il est. Regardons ce que nous en avons fait.
Avons-nous assez voulu que notre monde devienne plus juste ?
La réponse est non ».
« Je veux m'adresser à la conscience de tous ceux qui ont une responsabilité dans la conduite des affaires du monde. Parce que si nous ne le faisons pas, les pauvres et les exploités se révolteront un jour contre l'injustice qui leur est faite. »
« La justice c'est qu'on ne puisse pas exploiter les ressources d'un pays sans en payer le juste prix. »
« C'est d'un nouvel état d'esprit dont le monde a besoin. »
Si les grandes puissances acceptent de payer le juste prix pour exploiter les ressources d’un pays, alors la corruption reculera d’elle même. Seront-elles prêtes à un nouvel état d’esprit ?
Pour résoudre le problème de la corruption, c’est de cela qu’il s’agit avant tout.
Phnom-Penh, le 26 septembre 2008
Songthoul FERNANDEZ
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