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Exposition d'art à l'Atelier 21 : Portrait de l'artiste Mahi Binebine - Culture - Webzine

Culture : Exposition d'art à l'Atelier 21 : Portrait de l'artiste Mahi Binebine
Binebine Mahi peintureExposition du peintre Mahi Binebine
Du 21 octobre au 10 novembre 2008 à la galerie d’art "L’Atelier 21", Casablanca


On pensait que Mahi Binebine écrivait en contrepoint de la peinture, qu’il avait établi un isolant entre les deux activités, peignant le jour dans son atelier à Tahanaout et écrivant la nuit dans sa maison à Marrakech. On pensait que Mahi avait bien séparé la peinture de la littérature. La première s’exerçant dans un espace situé à 40 km du lieu où il vit. Elle est diurne à l’image de cette lumière éclatante qui caractérise ses tableaux. Elle ne craint pas le bruit et s’effarouche peu du regard des autres.


La seconde, la littérature, est plus intimiste. Mahi s’y livre la nuit dans le silence et l’isolement d’une petite pièce, éclairée par un abat-jour. En somme, on pensait que Mahi, un homme beaucoup plus organisé qu’il n’en donne l’air, avait réglé son emploi du temps pour peindre le jour et écrire la nuit.

Le premier intérêt de cette exposition : Mahi Binebine n’envisage pas la peinture comme une activité récréative ou de relaxation par rapport à l’écriture. Il est peintre quand il écrit et l’écriture influe sur son mode opératoire quand il peint. La preuve, ce passage du roman inspiré de la vie de Jilali Gharbaoui, davantage autobiographique qu’on ne le croit de prime abord :

" Cependant, j’avais beaucoup avancé. J’étais parvenu à contenir la violence qui encombrait mes œuvres, l’expurgeant de son caractère sanglant, édulcorant les scènes en pastellant ma palette. Finis les couleurs criardes, les vermillons qui soulagent, les cadmiums éclatants ! Aux orties les noirs de vigne, les terres d’ombre brûlées où s’épanchait ma propre obscurité ! J’avais enfin compris que la violence dans l’art comme dans la vie n’était pas un signe de force. Au contraire, elle ne faisait que souligner les défaillances. Et les miennes étaient nombreuses. J’avais renoncé à cet état d’extrême agitation hors duquel je m’imaginais incapable de tenir un pinceau. Je peux être joyeux sans être saoul et peindre sans être en transe. Était-ce l’âge qui, avec marteau et enclume, s’employait à forger sournoisement ces béquilles de sagesse ? "

Rien à ajouter. Tout est dit. Aucune critique d’art ne peut être aussi parlante, aussi juste, aussi directe à l’endroit des dernières peintures de Mahi Binebine comme l’est cet extrait de son roman Terre d’ombre brûlée, publié en 2003. Bien après la parution du livre, Mahi reprend à son compte la même évolution esthétique qu’il prêtait à Jilali Gharbaoui. La chose en devient presque prémonitoire, dans la mesure où le peintre réalise un vœu esthétique annoncé il y a cinq ans dans un roman.

Ce qui frappe le plus dans la série de tableaux présentés dans cette exposition, c’est la dédramatisation du sujet de la peinture par des tons moins volcaniques, moins intenses, moins exacerbés. La peinture est dépouillée, plus douce, quasi-pastel. Elle ne cherche plus à s’imposer en criant, mais en disant. La fascination du corps humain est toujours présente, mais le sujet a perdu en expression psychologique pour davantage se picturaliser. Dans les anciens tableaux de Mahi Binebine, les personnages étaient traités avec des tons ardents comme s’ils étaient possédés par la rage de saisir. Dans cette série, ils ne font qu’un avec le corps de la peinture. Mahi bouscule moins la structure du corps peint. Les contours des figures sont moins marqués comme pour ne faire qu’un avec le corps de la peinture. Le sujet du tableau est autant l’homme que la peinture elle-même.

La dédramatisation du sujet des peintures de Mahi Binebine n’est pas seulement affaire d’évolution ou de maturité. Elle s’explique sans doute aussi par une nouvelle forme qui passionne l’artiste : la sculpture. On attendait d’ailleurs Mahi sur ce terrain-là. Les masques de ses tableaux composaient déjà des hauts-reliefs. Il n’y avait qu’un pas à franchir pour qu’ils se dressent dans l’espace. Mahi l’a franchi nous dotant d’œuvres évidentes, présentes, parlantes. Tout s’intensifie dans ces visages sculptés qui n’expriment pas seulement la douleur, l’isolement, la souffrance, mais manifestent aussi tout simplement le fait d’être-là. Ils remplissent le vide et créent une présence d’une évidence irrécusable.

Il est probable qu’il existe une corrélation entre la nouvelle série de tableaux de Mahi et ses oeuvres sculptées. L’artiste a trouvé une nouvelle forme d’expression pour distordre, agresser, dérégler la réalité. Ce que la peinture a perdu en intensité, la sculpture l’a gagné. La dramatisation s’est déplacée d’une forme à une autre. La peinture n’en est que plus apaisée.

Cette exposition montre aussi l’infatigable travailleur qu’est Mahi Binebine – un esprit trop avide et trop curieux pour se laisser enfermer douillettement dans une seule manière ou une forme unique. Il est curieux de plusieurs langages plastiques. En plus de la peinture et de la sculpture, il réalise des dessins et des lithographies. On doit les dessins, magnifiques, à une rencontre fortuite entre Mahi et un papier qui l’a réconcilié avec ses premiers essais dans le domaine des arts plastiques. Peu importe d’ailleurs les voies et les matériaux qui ont conduit à la réalisation de ces dessins. Seul compte ici l’aboutissement péremptoire, la réussite d’évidence et la beauté envahissante qui surgit du papier.

Aziz Daki

Source : Atelier 21


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Casafree.com le 17/10/2008 11:53:08
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