Sciences : Rencontre - débat sur le thème '' Les sciences exactes au Maroc avant l'époque moderne '' à Casablanca
"Les sciences exactes au Maroc avant l'époque moderne" est le thème qui a réuni mardi à Casablanca une pléiade de chercheurs marocains dans le cadre du cycle de conférences organisées par l'"Association pour le 1200ème anniversaire de la Fondation de la ville de Fès".Ont assisté à cette rencontre-débat de nombreuses personnalités, notamment M. Saad Kettani, Haut Commissaire de l'Association et M. Mohamed El Kabbaj, Wali du Grand Casablanca.
La Rréunion a été animée par l'historien Addesslam Cheddadi, le professeur de philosophie, Mohamed Aballag, le professeur d'histoire des idées, Bennacer El Bouazzati et le spécialiste de l'histoire des sciences, Ahmed Djebbar.
Ces éminents spécialistes de l'histoire ont, tour à tour, donné des éclairages sur l'évolution et la riche production des chercheurs marocains depuis l'époque médiévale.
Il ressort de leurs réflexions sur cette période assez féconde en matière de recherche scientifique qu'au niveau de l'histoire des activités scientifiques dans le Maroc médiéval (qu'on appelait à l'époque Maghreb Extrême, al-Maghrib Al-Aqsâ), la période qui correspond aux XIIème-XIVème siècles, et qui est caractérisée sur le plan politique par les différentes tentatives de concrétisation d'un projet à l'échelle du Maghreb, est la période la plus étudiée et donc la mieux connue.
La première phase de cette longue période est d'abord Almoravide puis Almohade. Pour la tradition scientifique de la région, c'est, ont-ils noté, une époque de ralentissement des activités en Andalousie. Au Maghreb, c'est, en revanche, une phase de maturation qui n'a pas encore produit de nouveaux fruits (après l'apport des IX ET XIèmes siècles qui s'est essentiellement manifesté dans le Maghreb oriental).
Mais c'est aussi, à leurs yeux, la phase où Sebta, Fès, Bejaïa, et surtout Marrakech, commencent à accueillir une partie de la production scientifique Andalouse et parfois même des acteurs éminents de ces sciences, Al-qurashi à Bejaïa, Ibn Bajja à Fès, Ibn Rashiq à Sebta, Ibn Toufail, Ibn Zohr et Ibn Mounaïm à Marrakech.
Cette période tendance s'affirmera d'ailleurs et se développera au XIIIème siècle, ont-ils rappelé, avant d'indiquer que durant la seconde phase, celle de l'empire Almohade, Marrakech s'imposera comme le pôle scientifique le plus important de l'Occident musulman, en relation avec Séville, le dernier foyer scientifique réellement dynamique de l'Andalousie. C'est la dernière phase de créativité de l'occident musulman dans différents domaines scientifiques, notamment en médecine, mathématiques, astronomie ou encore en agronomie.
Selon eux, la troisième phase qui correspond à celle des trois royaumes des Hafsides d'Ifriquia (Tunisie actuelle), des Banou Abdel Wad du Maghreb Central (Algérie actuelle) et des Mérinides du Maghreb Extrême (Le Maroc d'aujourd'hui) apparaît dans le domaine scientifique beaucoup plus comme une phase d'assimilation que de création.
C'est aussi celle où les prémisses de deux phénomènes importants voient le jour avant de se développer : la réduction du champ du savoir et le repli des activités vers des aspects utilitaires.
Pour les conférenciers, ces deux phénomènes étaient déjà bien perçus par les observateurs vigilants de cette époque comme Ibn Khaldoun, qui les a évoqués dans sa Muqadima.
Ils sont confirmés et explicités par le contenu des documents scientifiques parvenus plus tard aux historiens. On y découvre, par exemple, une astronomie au service des pratiques religieuses et des mathématiques pour les héritages, les transactions commerciales ou encore l'arpentage des terres.
Mais, comparée à la production scientifique de l'Europe à la même époque, celle du Maghreb apparaît encore plus fournie et qualitativement plus riche, du moins dans les disciplines qui étaient encore pratiquées, ont-ils fait observer.
Professeur à l'université Mohammed V à Rabat, Abdesslam Chedadi est un éminent spécialiste de la pensée d'Ibn Khaldoun. Il est l'auteur notamment d'''Ibn Khaldoun, revisité'' (Marsam, coll. "connaissance historique'', 1999).
Les études réunies dans ce livre font partie de la réflexion menée depuis une vingtaine d'années par Abdesslam Cheddadi sur Ibn Khaldoun, auteur d'une monumentale Histoire universelle, du Livre des Exemples (Kitâb al-'Ibar) et d'une longue autobiographie à forte dimension historique, le Voyage d'Occident et d'Orient.
Ahmed Djebbar est professeur à l'université de Lille. Spécialiste de l'histoire des sciences, il a publié de nombreux travaux sur l'histoire des mathématiques arabe, en particulier, et l'histoire des sciences arabes, en général, notamment ''une histoire de la science arabe'' (Paris-2006) et ''l'âge d'or des sciences arabes'' (Paris-2005). Le dernier titre va paraître prochainement au Maroc en édition bilingue.
Mohamed Aballagh est professeur de philosophie à l'université Ibn Tofail à Kenitra. Il a effectué de nombreuses recherches sur l'histoire des mathématiques au Maroc et est l'auteur d'une édition critique de l'ouvrage 'Raf Al Hijab'' du mathématicien marocain Ibn Al Bannâ al Morrakouchi et d'un ouvrage sur ce même auteur en collaboration avec Ahmed Djebbar.
Bennacer El Bouazzati est professeur d'histoire des idées à l'université Mohammed V à Rabat. Il est l'auteur de nombreux travaux d'épistémologie et d'histoire des sciences, notamment ''Argumentation et construction: Essai et caractéristiques de la rationalité scientifique''.
Les festivités de ''12 siècles de la vie d'un Royaume'' ont débuté le 05 avril dernier à Fès. Depuis, une caravane sillonne les 16 régions du Maroc, non seulement pour relater l'histoire marocaine en général mais aussi pour valoriser le patrimoine culturel local tout en mettant en exergue la contribution de chaque région à l'enrichissement de l'histoire du Royaume.
MAP
Partager cette article sur Facebook
Les articles publiés sur le webzine Casafree.com sont sous copyright Casafree.com et nos agences de presse partenaires Panapress, PRN, et Xinhua sauf mention contraire. Toute reproduction même partielle des articles sans leur accord écrit est strictement interdite.
Article précédent: Errachidia: Tenue d'un atelier de formation sur le montage des activités génératrices de revenus
Article suivant: Maroc : Les vols intérieurs traités au T1 de l'aéroport de Casablanca à partir du 16 juillet
Les commentaires appartiennent à leurs auteurs. Nous ne sommes pas responsables de leur contenu.
| Auteur | Conversation |
|---|






