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Actualité Mondiale : Manquera-t-on de pétrole en 2015?
Le fragile équilibre entre la production et la consommation de brut rompu, le monde est entré durablement dans l'ère du pétrole cher et rare. Tous les experts en conviennent. Ils s'opposent, en revanche, sur la menace d'une rupture des approvisionnements et surtout sur son échéance.

Des stations-service vides et des voitures tirées par des chevaux... le film catastrophe présenté par Canal + le 15 février, dans le cadre de sa nouvelle émission politique, C'est déjà demain, à laquelle L'Express est associé, frappe fort. Les images parleront surtout aux téléspectateurs qui avaient 20 ans dans les années 1970. Ils se souviennent peut-être des files à la pompe et des Hollandais sur leurs vélos. Les plus jeunes n'auront connu, eux, que le pétrole abondant et pas cher. Mais voici que se profile, faute de réserves, la menace d'une rupture «physique» des approvisionnements. Beaucoup plus angoissante qu'un embargo, dont les pays industrialisés savent aujourd'hui, à la lueur de l'expérience passée, qu'il ne dure guère et qu'il n'est jamais vraiment entièrement appliqué.

En 2004, les consommateurs ont déjà eu un premier aperçu de ce qui pourrait se passer. Le fragile équilibre entre la production de brut et la consommation a été rompu par la soif inextinguible des Chinois et la montée des risques en Irak, au Nigeria ou au Venezuela. Conséquence: le monde est entré durablement dans l'ère du pétrole cher. Demain, si rien n'est fait, il s'agira de bien autre chose, du déclin annoncé du pétrole après cinquante années de règne sans partage.

Le débat est intense mais les oppositions ne portent pas sur le fond. Oui, à moins d'un miracle géologique, le pétrole, dont nous avons déjà consommé 1 000 milliards de barils, sera rare. Oui, à moins de réinventer les théories économiques sur la valeur de la rareté, il sera cher. Mais quand? Mais où? Mais comment? Ici les opinions divergent. Pour les plus optimistes, comme Olivier Appert, président de l'Institut français du pétrole (IFP), et Jean-Marie Chevalier, directeur du Centre de géopolitique de l'énergie et des matières premières (CGEMP) et auteur des Grandes Batailles de l'énergie (Gallimard), les réserves sont là. Il faudra seulement que les conditions politiques soient réunies et que les prix soient suffisamment hauts pour justifier les investissements nécessaires à leur mise en perce. Chiffrage: 3 000 milliards de dollars. Mazette!

Pour les pessimistes, comme Jean Laherrère, seul Français membre de l'Association for the Study of Peak Oil and Gas (Aspo), les carottes (de forage) sont cuites. Nulle Arabie saoudite bis à l'horizon. Le déclin commencera en 2015. D'autres disent en 2010. Mais la chute de la production sera lente: en 2004, les sous-sols recelaient encore pour quarante-sept ans de consommation. Au minimum. Parce que les producteurs auraient plutôt tendance à sous-estimer les volumes en terre. Même si les données officielles doivent être traitées avec prudence. Michèle Pappalardo, présidente de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), suit avec délectation les avis de gros temps. Moins de pétrole, c'est autant de gagné dans la lutte contre l'effet de serre. Et plus les cours grimperont, plus on investira pour s'affranchir du pétrole. D'autant que, si tout se passe comme en 2004, explique Jan-Eric Fillieule, économiste au Crédit commercial de France, les tensions sur les approvisionnements et les prix n'auraient guère d'effet sur la croissance. Pas de coup de tabac économique, une mer d'huile, on peut toujours rêver.

par Georges Dupuy

Source : L'Express

Casafree.com le 19/2/2005 23:35:45
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