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La médecine traditionnelle n'est pas près de disparaître

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La médecine traditionnelle n'est pas près de disparaître

Posté par Mortelune le : 06/11/2004 1:02
Des étudiants en médecine mènent une enquête sur les guérisseurs

La médecine traditionnelle constitue une solution de recours pour une bonne partie de la population de la ville de Marrakech qui trouve dans ses procédés peu conventionnels un moyen abordable pour se faire soigner ou au moins faire apaiser leurs douleurs. Une étude de terrain est en cours pour cerner le nombre des praticiens traditionnels et évaluer le nombre des malades qui optent pour ce genre de soins.


Menée depuis octobre dernier par des étudiants en médecine, cette opération devrait permettre de déterminer les causes du phénomène.

«Al-Jebbar» (traumatologue ou orthopédiste) est le nom communément donné à un genre de ces guérisseurs auxquels la sagesse collective dans certains milieux sociaux continue d'accorder un pouvoir incontesté dans le traitement des fractures peu compliquées. Ce genre de praticiens, dont l'unique source de savoir est l'expérience transmise d'une génération à l'autre, font usage d'une dextérité acquise lors d'un parcours initié sous l'oeil vigilant d'anciens maîtres guérisseurs, puis affinée au fil des années de pratique.

A Marrakech, ces guérisseurs constituent par l'importance de leur nombre, une catégorie professionnelle à part entière et parviennent toujours à drainer une clientèle à faire pâlir d'envie les traumatologistes confirmés. Tous les matins, dès la première heure, des files de patients commencent à se former devant les échoppes servant de "cabinets" au quartier El Mamounia qui, ironie du sort, n'est qu'à une centaine de mètres de l'hôpital Averroès qui comprend un service de traumatologie et d'orthopédie pédiatrique.

Des centaines de malades à la mine retournée par la douleur, sont ainsi acculés à souffrir en sourdine devant ces lieux peu engageants en attendant leur tour. En rendant visite aux lieux de travail de Maâllem Hassan Louriki, l'un des guérisseurs les plus fréquentés, on se sent déconcerté par son dénuement total.

Pour tout matériel, ce «Jebbar» invétéré n'a besoin que de quelques étoffes de lin blanc, du coton, des flacons, de l'eau chaude et de décoctions de différentes sortes, à base d'huiles et de plantes aux vertus thérapeutiques, servant à diffuser une certaine chaleur dans l'endroit à traiter. M. Louriki, qui partage son local avec trois de ses frères ayant opté pour le même métier, affirme accueillir en moyenne 40 patients par jour, dont six à sept personnes auraient déjà fait sans succès, une première tentative de traitement à l'hôpital. Grâce à un savoir-faire acquis pendant une vingtaine d'années de pratique, il serait capable de diagnostiquer la fracture ou l'entorse à travers une observation minutieuse et au toucher, ajoute-t-il sur un ton confident.

Interrogé sur l'ampleur du phénomène, le Chef du Service de Traumatologie et d'Orthopédie pédiatrique à l'hôpital Ibn Tofail de Marrakech, le Dr. Boubker Sedki affirme que les cabinets et les hôpitaux de la ville accueillent quotidiennement quelque 60 patients, alors qu'environ 600 autres préfèrent faire appel aux services d'un «Jebbar».

Même si l'hôpital Ibn Tofail a multiplié par cinq fois sa capacité d'accueil pendant ces quatre dernières années, il demeure incapable de répondre aux besoins de l'ensemble des malades dans cette spécialité, a regretté Dr. Sedki, ce qui explique en partie, selon lui, la persistance de pratiques traditionnelles dans le domaine médical.

Il incrimine également la prépondérance de comportements préjudiciables à l'intérieur des établissements hospitaliers dont la corruption, voire le chantage, les mauvais traitements et le manque de confiance entre les patients et le personnel médical.

Toutefois, force est de constater que des progrès significatifs ont été réalisés ces dernières années au niveau de cet hôpital, a-t-il noté, faisant part de la détermination du corps médical à persister sur cette lancée et à lutter contre les agissements peu civiques et dégradants.

Les conditions socio-économiques du malade constituent également un facteur déterminant dans ce choix, a-t-il expliqué, indiquant que souvent, un "traitement" chez un guérisseur ne coûte au malade que 20 à 50 dirhams, alors qu'il devrait débourser une somme d'argent beaucoup plus importante pour recevoir un vrai traitement médical.

Du reste, le métier de «Jebbar» est une pratique illégale, souligne le Dr. Sedki, mettant en garde ceux qui s'improvisent dans ce genre d'activités contre les conséquences de leurs interventions. Ces derniers devraient, insiste-t-il, reconnaître leurs limites et s'abstenir de mettre en péril la santé des citoyens, notamment dans les cas compliqués qui pourraient aboutir à des complications graves lorsqu'ils sont mal traités.

Une étude de terrain est en cours à Marrakech pour cerner le nombre des praticiens traditionnels et évaluer le nombre des malades qui optent pour ce genre de soins. Cette étude, menée depuis octobre dernier par des étudiants en médecine, devrait permettre de déterminer les causes du phénomène, de définir les besoins des hôpitaux et d'élaborer, éventuellement, un programme pour la formation du «Jebbar».

Abdenbi Essibi

Source : Le Matin